Damas, préservée par ceux qui l’accompagnent parmi les troupes venues d’Alep et d’ailleurs, était rejointe par le lieutenant de Tripoli, l’émir Sayf ad-Dîn Baklamuch, le lieutenant de Hama, l’émir Chihâb ad-Dîn Aḥmad, et le lieutenant de Safed, l’émir ‘Alâ’ ad-Dîn Alṭanbughâ, surnommé Burnâq (1). Or, il s’était déjà mis en route un jour auparavant, dit-on, accompagné des lieutenants de nombreuses forteresses des territoires d’Alep et d’autres régions, avec un grand nombre de Turcs et de Turkmènes. Il s’arrêta dans le marché aux chevaux, lieu habituel des lieutenants du sultan, au pied de la citadelle, et y passa les troupes en revue. Celles-ci firent alors une entrée particulièrement somptueuse, dans de riches atours. Le nombre des émirs disposant de tambours de cérémonie s’élevait à près de soixante, ou un peu plus ou moins, selon les dires de plusieurs témoins qui assistèrent à la scène. Ensuite, peu avant midi, il se rendit au camp dressé non loin de la mosquée al-Qadam, près du dôme de Yalbughâ, à hauteur du canal. La journée fut mémorable et inquiétante, en raison de la multitude des troupes que les gens purent constater. Beaucoup comprirent la décision du maître de Damas de s’en aller avec ses hommes afin d’éviter de se heurter à ces forces. Nous demandons à Dieu de faire en sorte que leurs cœurs s’unissent pour le bien des musulmans.
Il envoya alors un message au lieutenant de la citadelle, l’émir Sayf ad-Dîn Iyâjî (2), afin de réclamer les biens d’Arghoun qui se trouvaient en sa possession, mais ce dernier refusa également. Il s’était replié dans la citadelle, s’étant assuré de son camouflage et y ayant posté des hommes, des archers et des équipements. Il y prépara quelques catapultes pour qu’elles puissent frapper les parties supérieures des tours. Il ordonna aux habitants de la ville de ne pas ouvrir leurs boutiques et de fermer les marchés et, de même, il fit verrouiller les portes de la cité, n’en laissant qu’une ou deux accessibles. Les troupes se mirent alors en forte colère contre lui et ourdirent plusieurs projets malveillants, avant de se retenir – que Dieu protège la population. Toutefois, alors qu’elles avançaient, ces forces militaires, y compris leurs contingents, dévastèrent les villages, vergers, vignes et récoltes environnantes, prenant ce dont elles avaient besoin pour se nourrir et pour leurs montures. Elles perpétrèrent même davantage de méfaits – nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous retournons.
De nombreux villages furent pillés, des femmes et des jeunes filles furent violentées et la situation se révéla des plus graves. Quant aux marchands et à ceux qui passaient pour riches, la plupart se cachèrent, ne se montrant plus par crainte de confiscations. Puisse Dieu améliorer leur sort. Le mois de Cha‘bân commença alors que les habitants de la ville demeuraient saisis d’une grande frayeur, tandis que les villageois et les gens des campagnes se pressaient de transporter leurs effets, leurs troupeaux de vaches et d’autres bêtes, ainsi que leurs enfants et leurs femmes. Presque toutes les portes de la ville restèrent fermées, à l’exception de celles d’al-Farâdis et d’al-Jâbiya. Chaque jour, l’on recevait de nombreuses nouvelles faisant état de pillages dans les villages et les hameaux. La plupart des habitants d’as-Sâliḥiyya, ou peut-être même tous, quittèrent les lieux ; il en fut de même pour ceux de al-‘Uqayba (3) et d’autres agglomérations de la région, qui trouvèrent refuge chez des proches ou des connaissances, ou bien s’installèrent sur le bord des routes en compagnie de leurs femmes et enfants. Il n’est de force ni de puissance qu’en Dieu, le Très-Haut, le Très-Grand.
De nombreux cheikhs, qui avaient connu l’époque de Ghâzân, affirmaient que le moment présent se révélait plus sombre encore, car les gens abandonnaient derrière eux leurs récoltes et leurs fruits, lesquels représentaient leur seule source de subsistance pour l’année. Quant aux habitants de la ville, ils restaient dans une anxiété profonde, car