Il n’existe pas d’édifice plus élevé que celui-là parmi les constructions connues dans le monde. Il possède deux vantaux(1) en laiton jaune, avec des clous également en laiton jaune, saillants. C’est l’une des merveilles du monde, un des ornements et des repères de Damas, et sa construction fut menée à terme. Les Arabes l’ont mentionné dans leurs poèmes, et les gens [dans leurs proverbes](2).
Il est attribué à un roi nommé Jayeroun fils de Saʿd(3), fils de ʿAd, fils de ʿAwṣ, fils d’Adam, fils de Sâm, fils de Noé. C’est lui qui l’érigea, et sa construction date d’avant [le temps d’]Ibrâhîm — que la paix soit sur lui —, voire avant les peuples de Thamoud et Hûd, selon ce qu’a rapporté l’hâfiẓ Ibn ʿAsâkir dans son « Histoire » et d’autres. Au-dessus de ce portail, se dressait une grande forteresse, ainsi qu’un palais majestueux.
On dit aussi qu’il est associé au nom du démon (mârid) qui le bâtit pour Sulaymân — que la paix soit sur lui —, et ce démon se serait appelé Jayeroun. Toutefois, la première version est plus répandue et plus connue. Ainsi, d’après la première version, cette porte existerait depuis près de cinq mille ans. Son endommagement ne fut pas spontané, mais plutôt le fait de mains destructrices, à la suite d’un violent incendie qui l’atteignit après qu’un feu se déclara à côté d’elle, le lundi matin, seizième jour de Ṣafar de l’an sept cent cinquante-trois de l’Hégire. Le dîwân de la « jamʿiyya » s’empressa d’intervenir, dispersa ses pièces et brisa sa structure(5). On dénuda alors son revêtement de laiton, mettant à nu son ossature de bois de pin, comme si l’artisan l’avait achevée ce même jour. Je vis moi-même des haches s’acharner sur cette porte : elles peinaient considérablement à l’entamer. Gloire à Celui qui créa ceux qui la construisirent en premier lieu, puis permit aux gens de notre époque de la démolir après ces longs siècles et la succession de tant de peuples. Cependant, chaque chose a un terme fixé, et il n’y a de divinité que le Seigneur des serviteurs.
Preuve que cette porte a traversé plus de quatre mille ans, voire près de cinq mille : l’hâfiẓ Ibn ʿAsâkir(6) rapporte, au début de son « Histoire », un chapitre sur la fondation de Damas. Il s’appuie sur la chaîne de transmission du qâḍî Yaḥyâ ibn Ḥamza(7) al-Batalahî(8), qui officiait autrefois comme juge — lui-même élève de l’imam Abû ʿAmr(9) al-Awzâʿî — et il déclara :