Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Le lundi, onzième jour de Shaʿbān, arriva l’émir Sayf ad-Dîn Arghûn al-Kâmilî, qui avait été le vice-gouverneur des territoires d’Alep. Il entra ce jour-là à Damas avec une grande magnificence. Les émirs, les dignitaires et les titulaires de charges officielles sortirent à sa rencontre sur la route, allant certains jusqu’à Alep, Hama et Homs. Ce jour‐là, il advint des choses étonnantes qui n’avaient pas été vues depuis très longtemps. Les gens se réjouirent de son arrivée en raison de sa fermeté, de sa bravoure et de sa détermination, contrastant avec la douceur et la faiblesse de son prédécesseur. Il s’installa à la Dar as-Saʿâda (la Demeure de la Félicité), comme il était d’usage.

Le samedi, il se présenta dans un cortège imposant dont on dit qu’on n’en avait pas vu de semblable depuis fort longtemps. Alors qu’il se trouvait du côté de Bâb al-Faraj, trois femmes vinrent se plaindre à lui d’un grand émir appelé Turghây. Il ordonna qu’on le fasse descendre de son cheval, on l’y contraignit et on le fit comparaître avec elles pour rendre justice.

Cette année encore, on n’alluma pas les lampadaires dans la grande mosquée des Omeyyades, comme l’année précédente, selon le décret du sultan an-Nâsir Ḥasan — qu’Allah lui accorde Sa miséricorde. Les personnes pieuses s’en réjouirent grandement. C’était un fait inédit depuis près de trois cents ans. Louange et grâce en soient rendues à Dieu.

Ces jours-là, sur ordre du vice-gouverneur, on proclama en ville : « Que celui qui trouvera un soldat ivre le fasse descendre de son cheval, saisisse ses vêtements puis l’emmène à la Dar as-Saʿâda, et il recevra sa subsistance en récompense. » Les gens s’en réjouirent. On imposa par ailleurs des restrictions aux marchands de vin et aux distillateurs. Le prix des raisins baissa, et le pain ainsi que la viande devinrent meilleurs marchés, alors qu’un râtel (livre) avait précédemment atteint quatre dirhams et demi. Il tomba à deux dirhams et demi, voire moins. Les conditions de vie s’améliorèrent sous l’effet de la crainte que suscitait le vice-gouverneur. Il acquit une bonne réputation et fut loué pour sa justice, la justesse de ses jugements, la clarté de sa compréhension et la force de son équité.

Le lundi 18 Shaʿbān, l’émir Aḥmad ibn Shâd ash-Sharbakhânâh, qui s’était révolté à Ṣafad et avait connu ce qu’il avait connu, arriva à son tour. Il avait été emprisonné à Alexandrie, puis libéré sous ce règne, et on lui attribua alors le gouvernement de Hama. Il entra à Damas ce jour-là en chemin vers Hama, chevauchant dans le cortège avec le vice-gouverneur, à sa droite. Il descendit à la Dar as-Saʿâda en son service, puis repartit devant lui.

Le jeudi 21 du mois, l’émir Sayf ad-Dîn Baybughâ, qui avait été vice-gouverneur des terres d’Égypte, fit son entrée. Il avait été arrêté au Hidjâz et envoyé à al-Karak, avant d’être libéré sous ce règne et nommé gouverneur d’Alep. Le vice-gouverneur du sultan sortit à sa rencontre et l’hébergea à la Dar as-Saʿâda ; il s’installa à Wata Barza, où on dressa pour lui une tente sur le Maydân al-Akhdar.

[Ensuite débuta l’année 753 de l’hégire]

Cette année commença alors que régnait sur les terres d’Égypte, de Syrie, des deux Lieux saints et de leurs dépendances, le roi aṣ-Ṣāliḥ Ṣalâḥ ad-Dîn, Ṣâliḥ, fils du sultan al-Malik an-Nâṣir Muḥammad, fils du roi al-Manṣūr Qalâwûn.

(1) Dans l’édition des Ṭarḫānayn, il s’agit d’une déformation.
وفي يوم الإثنين حاديْ عشرَ شعبان قدم الأمير سيف الدين أَرْغُون الكاملي الذي كان نائبًا على الديار الحلبية من هناك، فدخل دمشق في هذا اليوم في أُبَّهة عظيمة، وخرج الأمراء والمقدّمون وأرباب الوظائف لتلقِّيه إلى أثناء الطريق، منهم من وصل إلى حلبَ وحماة وحمص، وجرى في هذا اليوم عجائب لم تُرَ من دهور، واستبشر الناس به لصرامته وشهامته وحِدَّته، وما كان من لين الذي قبله ورخاوته، فنزل دار السعادة على العادة. وفي يوم السبت وقف في موكب هائل قيل إنَّه لم يُرَ مثلُه من مدة طويلة، ولما سير إلى ناحية باب الفرج اشتكى إليه ثلاثُ نسوة على أمير كبير يقال له: طُرْغاي (١) ، فأمر بإنزاله عن فرسه فأُنزل وأُوقف معهن في الحكومة. واستمرَّ بطلان الوقيد في الجامع الأموي في هذا العام أيضًا كالذي قبله، حسب مرسوم السلطان الناصر حسن (رحمه الله) ، ففرح أهل الخير بذلك فرحًا شديدًا، وهذا شيء لم يعهد مثله من نحو ثلثمئة سنة وللَّه الحمد والمنة. ونودي في البلد في هذا اليوم والذي بعده عن النائب: من وجد جنديًا سكرانًا فلينزله عن فرسه وليأخذ ثيابه، ومن أحضره من الجند إلى دار السعادة فله خبزه، ففرح الناس بذلك، واحتجر على الخمّارين والعصّارين، ورخصت الأَعْنَاب وجادت الأخباز واللَّحم بعد أن كان بلغ كل رطل أربعةً ونصفًا، فصار بدرهمين ونصف، وأقل، وأُصلحت المعايش من هيبة النائب، وصار له صيتٌ حسنٌ، وذكر جميل في النَّاس بالعدل وجودة القصد وصحَّة الفهم وقوَّة العدل والإدراك. وفي يوم الإثنين ثامنَ عشرَ شعبان وصل الأمير أحمد بن شاد الشربخاناه الذي كان قد عصى في صفد، وكان من أمره ما كان، فاعتُقل بالإسكندرية، ثم أُخرج في هذه الدَّولة وأُعطي نيابة حماة فدخل دمشقَ في هذا اليوم سائرًا إلى حماة، فركب مع النائب مع الموكب وسير عن يمينه ونزل في خدمته إلى دار السعادة، ورحل بين يديه، وفي يوم الخميس الحادي والعشرين منه دخل الأمير سيف الدين بَيْبُغا الذي كان نائبًا بالديار المصرية، ثمَّ مسك بالحجاز وأودع الكَرَك، ثم أُخرج في هذه الدولة وأُعطي نيابةَ حلب، فتلقَّاه نائبُ السلطنة، وأُنزل دار السعادة حين أضافه. ونزل وطاقُه بوطأة برزة، وضُربت له خيمة بالمَيْدان الأَخْضر. [ثم دخلت سنة ثلاث وخمسين وسبعمئة] استهلّت هذه السنة وسلطان الديار المصرية والبلاد الشامية والحرمين الشريفين وما يتبع ذلك الملك الصالح صلاح الدين، صالح بن السلطان الملك الناصر محمد بن الملك المنصور قلاوون.
(١) في ط: الطرخاين، وهو تحريف.

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