Un événement très étrange :
Le dimanche, quinzième jour de Jumâdâ al-Ûlâ, le juge hanbalite (1) reçut la reddition d’un groupe de juifs qui avaient manifesté une forme de dérision envers l’islam et ses fidèles. En effet, ils avaient transporté l’un des leurs comme un défunt placé sur un brancard, en proférant le tahlîl (la formule « Lâ ilâha illâ Allâh ») à la manière des musulmans autour du mort et en récitant : « Dis : “Il est Dieu, l’Unique, (1) Dieu, le Soutien universel, (2) Il n’a jamais engendré, ni n’a été engendré, (3) et nul n’est égal à Lui. (4)” » [Sourate al-Ikhlâs, 1-4].
Lorsque quelques musulmans de leur quartier en eurent vent, ils les conduisirent devant l’autorité compétente, le représentant de la sultanat, qui les remit au juge hanbalite. Il en résulta qu’ils se soumirent à la situation, et ce jour-là, trois d’entre eux embrassèrent l’islam, suivis des trois enfants de l’un d’entre eux. Le lendemain, huit autres se convertirent. Les musulmans les emmenèrent alors et firent le tour des marchés en proclamant le tahlîl et le takbîr (la formule « Allâhu Akbar »). Les commerçants leur firent de nombreux dons, puis on les conduisit à la grande mosquée, où ils prièrent. Ensuite, on les mena à la « Dâr as-Sa‘âda » afin de solliciter une aide financière pour eux, puis ils repartirent dans une atmosphère de clameurs, de tahlîl et de glorification. Ce fut un jour mémorable, louange et grâce à Dieu. Fin de la narration, et Dieu est plus savant.
Le royaume du sultan, al-Malik as-Sâlih,
Salah ad-Dîn Sâlih ibn al-Malik an-Nâsir Muhammad ibn al-Malik al-Mansûr Qalâwûn as-Sâlihî :
Dans la deuxième dizaine du mois de Rajab al-fard, des courriers arrivèrent d’Égypte annonçant la destitution du sultan al-Malik an-Nâsir Hasan ibn an-Nâsir ibn Qalâwûn, en raison de son désaccord avec les émirs, lesquels se mirent d’accord pour placer sur le trône son frère, al-Malik as-Sâlih. Sa mère est Sâliha, fille de l’émir Tanqiz, qui fut gouverneur de Damas pendant longtemps. Le jeune prince a quatorze ans. Les émirs vinrent alors prêter serment, on fit retentir les clairons de célébration et la ville fut ornée comme d’habitude.
On rapporte qu’al-Malik an-Nâsir Hasan fut étranglé et que les émirs qui se trouvaient à Alexandrie, comme Shaykhûn et Mandjak, ainsi que d’autres, revinrent. Ils envoyèrent chercher Baybughâ qui se trouvait à al-Karak. Il y était détenu depuis son retour du pèlerinage. Lorsqu’il rentra en Égypte, il intercéda en faveur du souverain du Yémen, al-Malik al-Mujâhid, également emprisonné à al-Karak. Ce dernier fut libéré et repartit dans les provinces du Hedjaz. Quant aux émirs qui se tenaient du côté du sultan lorsque son opposant fut arrêté – l’émir Akhûr (2), Mankulî Bughâ (3) al-Fakhrî et d’autres –, ils furent mis en détention et envoyés à Alexandrie. On fit le prêche au nom d’al-Malik as-Sâlih dans la Grande Mosquée de Damas, le vendredi dix-septième jour de Rajab, en présence du gouverneur (Nâ’ib as-Saltana), des émirs et des juges, afin d’invoquer pour lui la prière dans la tribune comme le veut la coutume.
Durant la dernière dizaine de Rajab, le gouverneur de la sultanat, Sayf ad-Dîn Aytamush, fut démis de sa fonction à Damas et convoqué en Égypte. Il y partit le jeudi.