L’Égypte, Damas, Tripoli et d’autres contrées… Les nouvelles étaient demeurées cachées à propos de Baybugha et de ceux qui l’accompagnaient au Hijaz quant à ce qui adviendrait de son sort. Le lieutenant de Damas se tenait sur ses gardes, redoutant qu’il ne vînt dans la région du Shām pour l’assaillir de ses hommes, et les cœurs en étaient inquiets. « Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournons. »
Cette année-là, on rapporta que le souverain du Yémen était venu en pèlerinage. Il y eut alors un litige entre lui et le maître de La Mecque, ‘Ajlân, parce qu’il voulait y nommer son frère Thaqba (1). ‘Ajlân s’en plaignit auprès des émirs égyptiens, menés alors par l’émir Sayf al-Dîn Buzlâr, accompagnés d’un grand nombre d’hommes. Ils avaient également arrêté leur frère (2) Baybugha et l’avaient enchaîné, si bien qu’il prit le dessus et les traita avec mépris. Ils patientèrent cependant jusqu’à la fin du pèlerinage et l’accomplissement des rites par les fidèles. Lorsque arriva le jour du Nafar, un jeudi, ils l’affrontèrent. Un grand nombre de personnes furent tuées dans les deux camps, surtout parmi les Yéménites. L’affrontement se déroula non loin de Wâdî Muhassir, et les pèlerins craignirent que la victoire ne tournât en défaveur des Turcs, car les Bédouins auraient alors pu piller leurs biens, voire les tuer. Mais Dieu leur apporta un soulagement, et les Turcs triomphèrent des Yéménites. Le roi al-Mujâhid se réfugia sur une montagne, qui ne le sauva pas : les Turcs le capturèrent, humilié et abaissé, et l’emmenèrent prisonnier, enchaîné. Quant aux gens du commun, ils se tournèrent vers les Yéménites et pillèrent nombre de leurs biens, ne leur laissant absolument rien, ni de grand ni de petit, ni de peu ni de beaucoup. Les émirs s’emparèrent des provisions de ce roi, de ses trésors, de ses effets et de ses lourds bagages ; ils menèrent ses chevaux et ses chameaux, et mirent la main sur un champion (3) de son entourage et de ses hommes. Ils firent aussi comparaître Tufayl (4), celui qui avait assiégé la Ville prophétique l’année précédente. Ils le chargèrent de fers, lui mirent le carcan au cou et l’emmenèrent lié, tel un captif dans ses chaînes, accablé par son propre malheur et sa perte. Ils quittèrent ensuite ces contrées pour regagner leurs terres, ayant accompli un acte qui resterait encore longtemps dans les mémoires.
La caravane du Shām entra à Damas le mardi 23 Muḥarram, conformément à l’usage établi et la coutume bien ancrée.
Ce même jour, un courrier arriva de la direction de la ville de Safad, annonçant que l’émir Shihâb al-Dîn Aḥmad ibn Mashd al-Sharbkhânâh (5), qui s’était rebellé jusqu’à s’emparer de la place, s’y livrant à l’excès et à l’injustice et coupant ses routes (6) après avoir tué cavaliers et fantassins, puis l’ayant remplie de vivres et d’armes, avec ses Mamelouks et ses hommes, avait fini par se soumettre lorsque la capture de Baybugha Arûs fut confirmée, et ainsi cette cité s’inclina devant lui