Après quelques jours à peine, l’émir Sayf al-Dîn Shaykhûn (1), l’un des grands dignitaires de l’État égyptien alors sous mise à l’écart, arriva. On l’introduisit dans la citadelle de Damas, puis on l’en emmena après une nuit vers Alexandrie – Dieu seul sait (2). Un courrier parvint alors, ordonnant la mise sous séquestre de son administration et de celle de Manjak en Syrie, et l’on perdit tout espoir quant à leur sécurité.
De même, la nouvelle tomba de l’arrestation de Baybughâ sur la route, dont l’épée fut envoyée au sultan. Un émir venu d’Égypte fit alors prêter serment d’obéissance au sultan parmi les émirs. Il se rendit ensuite à Alep, y fit prêter serment à ceux qui s’y trouvaient, puis revint à Damas avant de regagner l’Égypte. Il obtint, dans cette campagne, des sommes considérables auprès des agents et des émirs.
Le jeudi vingt de Dhu al-Qa‘da, on arrêta les deux grands émirs syriens, chefs de renom, Shihâb al-Dîn Aḥmad ibn Ṣubḥ et Malik Āṣ (3), alors qu’ils se trouvaient à la Dâr al-Sa‘âda, en présence du lieutenant du sultan (nâ’ib al-sulṭana) et des émirs. On les conduisit à la citadelle al-Manṣûra, en les faisant marcher de la Dâr al-Sa‘âda jusqu’à la porte de la citadelle, du côté de la Dâr al-Ḥadîth. Ils furent enchaînés et incarcérés.
On apprit également que le sultan avait nommé comme vizir en Égypte le qâḍî ‘Alam al-Dîn ibn Zanbûr (4), qu’il gratifia d’une somptueuse robe d’honneur, comme on n’en avait pas entendu parler depuis des époques très anciennes. Celui-ci prit officiellement ses fonctions et revêtit également de robes d’honneur les émirs et chefs militaires. De même, l’émir Sayf al-Dîn Ṭashbughâ (5) fut rétabli dans ses charges de doyidâr en Égypte et promu au rang de commandant.
Au début du mois de Dhu al-Ḥijja, il se répandit que le gouverneur de Ṣafad, Shihâb al-Dîn Aḥmad ibn Mashd al-Shurbkhānâh, avait été convoqué au Caire, mais qu’il refusa de s’y rendre, rompant ainsi son engagement. Il fortifia alors la citadelle de Ṣafad, y amassa troupes et provisions en vue de s’y retrancher. Un courrier parvint au lieutenant de Damas, l’enjoignant de s’y rendre avec toute l’armée de la ville. On rassembla donc les troupes, prêtes au combat sous leurs étendards. Cependant, lorsque certaines sortirent, le lieutenant, qui disposait d’informations précises, les rappela. Finalement, la décision fut prise d’envoyer quatre commandants à la tête de quatre mille soldats contre lui (6).
Le jeudi douze du même mois, un événement surprenant survint à Minâ : les émirs égyptiens et syriens s’opposèrent au roi muǧâhid du Yémen (7), déclenchant un affrontement non loin du Wâdî Muḥassar. La bataille se solda finalement par des captures