Dans les provinces égyptiennes se trouvait l’émir Ḥusām al-Dīn Abū Bakr ibn al-Najībī – qu’Allāh illumine son visage. Il résidait alors dans ces mêmes provinces et j’avais, chez lui, consulté un avis juridique (fatwā) signé par le shaykh Taqī al-Dīn Ibn Taymiyya, le shaykh Kamāl al-Dīn Ibn al-Zamlakānī et d’autres, déclarant cette innovation (bidʿa) nulle. Dieu fit aboutir cet acte et à Lui reviennent la louange et les bienfaits. Cette innovation s’était pourtant enracinée parmi les gens depuis environ l’an 450 de l’Hégire jusqu’à notre époque, et que de juristes, de juges, de muftis, de savants, d’ascètes, de princes, de gouverneurs et d’autres encore ont tenté de l’abolir, jusqu’à ce que Dieu l’accorde enfin cette année. Nous demandons à Dieu qu’Il prolonge la vie de ce sultan, afin que les ignorants qui avaient fini par croire qu’abolir ce feu (al-waqīd) dans l’année provoquerait la mort du sultan sachent qu’il ne s’agissait que d’une pure idée sans fondement, née de l’imagination.
Au début du mois de Ramaḍān, il se produisit un événement singulier, dont on n’avait pas vu l’équivalent depuis longtemps, en lien avec les fuqahā’ et les madrasas. En effet, Ibn al-Nāṣiḥ al-Ḥanbalī, de la région de al-Ṣāliḥiyya (Damas), venait de décéder. Il détenait la moitié de la chaire d’enseignement de la Madrasa al-Ṣāḥibiya réservée aux Ḥanbalites à al-Ṣāliḥiyya, l’autre moitié relevant du shaykh Sharaf al-Dīn, fils du qāḍī Sharaf al-Dīn al-Ḥanbalī, maître des Ḥanbalites de Damas. Sharaf al-Dīn obtint un décret (marṣūm) à propos de cette seconde moitié, appuyé par une nomination antérieure du qāḍī ʿAlāʾ al-Dīn Ibn al-Munajjā al-Ḥanbalī. Cependant, le juge suprême (Qāḍī al-Quḍāt) Jamāl al-Dīn al-Mardāwī al-Ḥanbalī s’y opposa et investit son adjoint, Shams al-Dīn Ibn Mufliḥ, dans cette fonction. Le juge suprême dispensa lui-même une leçon au début de la journée. Les trois autres juges, accompagnés du shaykh Sharaf al-Dīn, se présentèrent au vice-sultan pour l’informer de la situation. Celui-ci publia alors un ordre confirmant le droit d’enseigner de Sharaf al-Dīn. Les juges, suivis de quelques chambellans, se rendirent donc à la madrasa. Savants et notables s’y assemblèrent, et le shaykh Sharaf al-Dīn dispensa son enseignement, propageant de nombreuses vertus, et tous s’en réjouirent.
Au mois de Shawwāl, le vice-roi des provinces d’Égypte et administrateur de ses royaumes, l’émir Sayf al-Dīn Baybughā al-Nāṣirī, fit partie de ceux qui partirent en pèlerinage cette année, accompagné de plusieurs émirs. Après leur départ, un groupe d’émirs se souleva contre son frère, l’émir Sayf al-Dīn Manjak, alors ministre du royaume et maître de la dār al-istādāriyya, à qui revenait la résolution des requêtes de la cour et qui recevait or et présents. Ils le capturèrent, et les nouvelles en arrivèrent par courrier en Syrie à la fin de ce même mois.