Deuxièmement : La méthodologie de l’ouvrage
Toute personne qui parcourt le livre « Al-Bidāya wa an-Nihāya », depuis l’introduction de l’auteur jusqu’à la conclusion au dix-septième tome, ne trouvera pas de démarche unique que l’auteur aurait suivie rigoureusement, si ce n’est un seul thème : les « Isrā’īliyyāt ». On peut l’excuser de ne pas avoir spécifié nettement les traits de sa méthode, étant donné l’ampleur de l’ouvrage, la diversité de ses sujets, la multiplicité de ses sources ainsi que l’étendue historique couverte sur plusieurs époques successives.
– Dans la première partie (le commencement de la création et les récits des prophètes), sa méthode consistait à rassembler les récits tirés des ouvrages d’exégèse (tafsīr) et de hadith, puis à sélectionner ceux qui concordaient avec sa solide culture critique dans la science des catégories du hadith et des biographies des transmetteurs. Il écartait tout ce qui contredisait le Coran et la Sunna, qu’il s’agisse des Isrā’īliyyāt ou d’autres récits faibles et incohérents.
– Dans la deuxième partie (la biographie prophétique et les califes bien-guidés), il s’appuyait sur les premiers chroniqueurs de la Sīra, ainsi que sur ce qu’ont rapporté Ibn Isḥāq, aṭ-Ṭabarī et d’autres. Cependant, sa personnalité restait manifeste dans le choix et la critique : il examinait les chaînes de transmission (isnād), évaluait la fiabilité ou la faiblesse des narrateurs et ne négligeait pas le contenu (1) si celui-ci présentait des indices d’étrangeté ou de rejet.
– Quant à la troisième partie (l’histoire islamique générale), elle se compose de dix volumes et recourt à divers livres et sources. Il n’est donc pas surprenant d’y voir se multiplier les méthodes, varier la langue, et apparaître des différences dans le résumé ou l’extension des récits, ainsi que dans l’ordre de présentation.
Dans la quatrième partie (l’évocation de l’Au-delà et de ses états), Ibn Kathīr reprend la collecte des récits issus des hadiths, leur critique et leur examen, la sélection de ce qui est ṣaḥīḥ (authentique) ou ḥasan (acceptable), l’identification des récits faibles, tout en laissant transparaître sa personnalité de ḥāfiẓ (spécialiste du hadith) avant tout, puis celle d’exégète. Il se révèle aussi érudit, toujours prêt à mobiliser les premiers ouvrages dans les sciences du tafsīr et du hadith.
Après avoir examiné de près ces différentes parties et leurs sujets, nous pouvons dégager les points méthodologiques suivants, illustrés par des exemples :
- Les Isrā’īliyyāt : Ce thème est la seule condition qu’il s’est imposée et la seule méthode qu’il a établie (2), dont il a explicitement parlé dans l’introduction ainsi que dans la première et la deuxième partie du livre. Il s’y est tenu dans une large mesure. Il déclare ainsi dans l’introduction :