Le lieutenant en Syrie préservée était alors Saïf ad-Dîn Yalbugha an-Nâsiri (1). Les juges de Syrie étaient ceux déjà mentionnés dans le passage précédent, les mêmes personnes, à ceci près que le qâdî ‘Imâd ad-Dîn al-Hanafî s’était démis de ses fonctions en faveur de son fils, le qâdî al-qudât Najm ad-Dîn, lequel exerça de son vivant. Le grand chambellan (ḥâjib al-ḥujjâb) était Fakhr ad-Dîn Iyâs.
L’année commença tandis que le lieutenant de la sultane nourrissait de hautes ambitions quant à la construction de la mosquée dont l’édification avait été entamée à l’ouest du marché aux chevaux, sur l’emplacement autrefois appelé la colline (2) al-Mustaqîn.
Le troisième jour de Muḥarram, mourut le qâdî al-qudât Sharaf ad-Dîn Muḥammad ibn (3) Abî Bakr al-Hamdânî al-Mâlikî. La prière funéraire fut accomplie dans la mosquée, puis il fut inhumé dans sa tombe située sur la Place al-Ḥaṣâ. Les gens le regrettèrent à cause de sa position éminente, de sa piété, de ses bonnes mœurs et de ses largesses envers un grand nombre de personnes — qu’Allah lui fasse miséricorde.
Le dimanche 24 Muḥarram, arriva l’acte d’investiture confiant la charge de juge (qâdî) à Jamâl ad-Dîn al-Musallatî (4), qui avait été l’adjoint du qâdî Sharaf ad-Dîn auparavant. Il reçut la robe d’honneur à la fin de la journée.
Au mois de Rabî‘ al-Awwal, on réquisitionna de nombreuses colonnes dans la ville pour la construction de la nouvelle mosquée située près du marché aux chevaux. On raconte qu’on établissait un soutien provisoire sous ce qu’il y avait au-dessus, puis on enlevait la colonne pour la remplacer par un étai. Parmi les colonnes prises, il y en eut dans Darb as-Sayqal, ainsi que celle du marché al-‘Ulabiyyîn, dans une ruelle, surmontée d’une sorte de sphère en fer. L’historien al-Ḥâfiẓ Ibn ‘Asâkir mentionne qu’elle contenait un talisman destiné à guérir la difficulté à uriner chez les bêtes : si on faisait faire un tour à la monture autour de cette colonne, le mal se dissipait (5).
Puis, le dimanche 27 Rabî‘ al-Awwal de cette même année, on l’arracha de son emplacement, où elle se trouvait depuis environ quatre mille ans — Dieu sait mieux la vérité. Ce jour-là, je la vis étendue à Sûq al-‘Ulabiyyîn, posée sur des traverses de bois, prête à être tirée jusqu’à la mosquée en question dans le grand marché, puis à être emportée hors de la grande porte de Bâb al-Jâbiya — il n’est de divinité que Dieu. Vers la fin du mois de Rabî‘ al-Âkhir, la construction de la mosquée du lieutenant s’éleva considérablement et la source qui passait sous son mur de fondation se tarit — louange à Dieu.
Au dernier jour de Rabî‘ al-Âkhir, arrivèrent des nouvelles d’Égypte annonçant l’arrestation de plusieurs émirs importants, comme al-Ḥijâzî et Aqsunqur an-Nâsiri (6), ainsi que d’autres qui étaient de leur parti. Cela mit alors les troupes de Syrie en émoi et provoqua un grand tumulte.