Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il ne cessa de les manœuvrer avec insistance (1) jusqu’à ce qu’ils lui répondirent favorablement, l’approuvèrent en tout, reconnurent ses prétentions, suivirent ses recommandations et lui prêtèrent allégeance. Il se mit alors à envoyer des émissaires aux lieutenants des différentes régions pour les rallier à la cause que lui avaient déjà acquise les Damascènes et nombre d’Égyptiens. Il entreprit également de gérer les affaires générales les plus importantes : il relâcha certains de ceux que le roi al-Kāmil avait emprisonnés dans la citadelle de Mansourah, puis leur restitua leurs fiefs après qu’al-Kāmil eut envoyé son décret à ceux auxquels il les avait attribués. Il destitua et nomma, prit et donna. Le mercredi dix-huit du mois, il convoqua les marchands pour leur vendre les récoltes des réserves du sultanat, dont ils devaient s’acquitter du prix immédiatement avant de se rendre dans les districts extérieurs pour en prendre possession. Les juges, les émirs et les grands se présentèrent à lui comme à l’accoutumée, tandis qu’il campait encore sur place, en pleine campagne, hors des murs d’une ville (2).

Le jeudi 4 Jumādā al-Ākhira, un détachement d’une dizaine de soldats fut envoyé en reconnaissance pour accueillir ceux qui pourraient arriver d’Égypte, qu’ils fussent émirs ou autres, avec l’idée de maintenir la situation en l’état. Toutefois, le lieutenant ne les crut pas ; il est même possible qu’il en ait châtié certains, avant de les envoyer en prison à la citadelle. Les habitants de Damas, pour leur part, se divisaient : certains affirmaient qu’il y avait rupture entre les Égyptiens, tandis que d’autres disaient que le sultan al-Kāmil Chabân restait en poste comme auparavant, que les troupes égyptiennes étaient sur le point d’arriver et qu’un grand tumulte était inévitable. Les esprits et les conditions de vie de la population en furent profondément troublés. Que Dieu fasse que l’issue en soit favorable.

Au demeurant, la majorité des gens se partageait entre ceux qui y croyaient et ceux qui y voyaient une rumeur infondée ; cependant, le lieutenant du sultanat et ses principaux émirs demeuraient confiants en leurs positions, persuadés qu’une forte discorde régnait en Égypte entre le sultan al-Kāmil Chabân et son frère, l’émir Ḥâjî, la majorité soutenant l’émir Ḥâjî. Puis vint la nouvelle par laquelle le lieutenant apprit que les troupes égyptiennes avaient quitté l’Égypte pour se rendre en Syrie, rejoindre les soldats déjà sur place et affermir la situation. Peu après, pendant la nuit, les chefs militaires firent demi-tour vers l’Égypte et s’unirent à leurs semblables qui soutenaient eux aussi le sultan. Ils se réunirent et proclamèrent la souveraineté de l’émir Ḥâjî, firent battre les grands tambours (tablkhânât), et la multitude prit ouvertement parti pour lui, rompant avec le sultan al-Kāmil qu’ils accusaient de méfaits et d’avoir fait exécuter certains émirs. Al-Kāmil s’enfuit, suivi de ses partisans, et fut placé sous étroite surveillance. Alors, Arghoûn al-ʿAlâʾî, l’époux de sa mère (3), vint également soutenir l’émir Ḥâjî ; ils l’installèrent sur le trône et le proclamèrent al-Malik al-Muẓaffar. Lorsque cette nouvelle fut communiquée au lieutenant, il fit sonner les tambours en signe de réjouissance et envoya un message au gouverneur de la citadelle, qui refusa cependant de prendre part à ce cérémonial. On l’avait également convoqué au camp (al-waṭâq) (4), ce qu’il déclina pour finalement fermer la citadelle. Devant ce refus, la population s’alarma et le désordre se propagea. Les moyens de subsistance se firent plus rares, et la garnison se fortifia dans la citadelle tout en maintenant les prières en faveur d’al-Kāmil matin et soir, suivant l’usage habituel.

(1) C’est-à-dire : il agit en agissant sournoisement afin de changer leur opinion. Le dictionnaire (Fathl). (2) Al-Nujūm al-Zāhirah (vol. 10, p. 134) Al-Dhayl al-Tām (vol. 1, pp. 81-82). (3) Dans l’édition : « fille », alors qu’il s’agit d’une erreur. Al-Nujūm al-Zāhirah (vol. 10, p. 138). (4) Vers la tente du représentant.
ولم يزل يفتلهم في الذِّروة والغارب (١) حتى أجابوه إلى ذلك، ووافقوه عليه، وسلَّموا ما يدَّعيه، وتابعوا على ما أشار إليه وبايعوه، ثم شرع في البعث إلى نواب البلاد يستميلهم إلى ما مالأ عليه الدمشقيون وكثير من المصريين، وشرع أيضًا في التصرُّف في الأمور العامة الكلية، وأخرج بعض من كان الملك الكامل اعتقله بالقلعة المنصورة، ورد إليه إقطاعه بعد ما بعث الملك الكامل إلى من أقطعه منشوره، وعزل وولّى وأخذَ وأَعطى، وطلب التُّجار يوم الأربعاء ثامن عشره ليباع عليهم غلال الحواصل السلطانية فيدفعوا أثمانها في الحال، ثم يذهبوا فيتسلَّمُوها من البلاد البرانية، وحضر عنده القضاة على العادة والأمراء والسادة، وهذا كله وهو مخيِّم بالمكان المذكور، لا يحصره بلد ولا يحويه سور (٢) . وفي يوم الخميس رابع جمادى الآخرة خرجت تجريدة نحو عشرة طليعة لتلقِّي من يقدم من الديار المصرية من الأمراء وغيرهم، ببقاء الأمر على ما كان عليه، فلم يصدقهم النائب، وربما عاقب بعضهم، ثم رفعهم إلى القلعة، وأهل دمشق ما بين مصدّق باختلاف المصريين وما بين قائل السلطان الكامل قائم الصورة مستمر على ما كان عليه، والتَّجاريد المصرية واصلة قريبًا، ولابد من وقوع خبطة عظيمة. وثشَّوشَتْ أذهان النَّاسِ وأحوالهم بسبب ذلك، واللَّه المسؤول أن يحسن العاقبة. وحاصل القضية أن العامَّة ما بين تصديق وتكذيب، ونائبُ السلطنة وخواصُّه من كبار الأمراء على ثقة من أنفسهم، وأن الأمراء على خُلْف شديد في الديار المصرية بين السلطان الكامل شعبان وبين أخيه أمير حاجي، والجمهور مع أخيه أمير حاجي، ثم جاءت الأخبار إلى النائب بأن التجاريد المصرية خرجت تقصد الشام ومن فيه من الجند لتوطِّد الأمر، ثم إنَّه تراجعت رؤوس الأمراء في الليل إلى مصر واجتمعوا إلى إخوانهم ممَّن هو ممالئ لهم على السلطان، فاجتمعوا ودعوا إلى سلطنة أمير حاجي وضُربت الطبلخانات، وصارت باقي النفوس متجاهرة على نيَّة تأييده، ونابذوا السلطان الكامل، وعَدُّوا عليه مساويه، وقَتْل بعض الأمراء. وفرَّ الكامل وأنصارُه فاحتيط عليه، وخرج أَرْغُون العلائي زوج أُمِّه (٣) واستظهر أيضًا أمير حاجي فأجلسوه على السرير ولقبوه بالملك المظفر، وجاءت الأخبار إلى النائب بذلك، فضربت البشائر عنده، وبعث إلى نائب القلعة فامتنع من ضربها، وكان قد طلب إلى الوطاق (٤) فامتنع من الحضور، وأغلق باب القلعة، فانزعج الناس واختبط البلد، وتقلّص وجود الخير، وحصنت القلعة ودعوا للكامل بكرة وعشية على العادة،
(١) أي: يدور من وراء خديعته حتى يغيِّر رأيهم. القاموس (فتل). (٢) النجوم الزاهرة (١٠/ ١٣٤) الذيل التام (١/ ٨١ - ٨٢). (٣) في ط: ابنة وهو توهم. النجوم الزاهرة (١٠/ ١٣٨). (٤) إلى خيمة النائب.

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