Le cheikh Muhammad ibn Qawâm à leur zawiya (1) au pied (de la colline) reçut la prière funéraire le vendredi dans la mosquée al-Afram, puis il fut inhumé à la zawiya, en présence des juges, des notables et d’une foule nombreuse. Il y eut un intervalle de six mois et vingt jours entre son décès et celui de son frère, et la situation de ce dernier était encore plus difficile.
Au début de l’année, on ouvrit la Qaysariyya qu’avait construite l’émir Sayf al-Dîn Yalbughâ, vice-sultan, à l’extérieur de Bâb al-Faraj. Elle fut confiée par un bail considérable, à hauteur d’environ sept mille par mois. Elle renfermait un espace commercial avec, en son centre, un bassin et une mosquée ; à l’extérieur se trouvaient des boutiques, et au-dessus, des logements d’habitation.
Le lundi matin, douzième jour de Rabî‘ al-Awwal, un conseil fut réuni au Mashhad ‘Uthmân concernant al-Nûr al-Khurâsânî, qui récitait le Coran dans la mosquée Tankiz et enseignait aux gens certains aspects des obligations liées aux ablutions et à la prière. On affirma qu’il avait parlé de quelques-uns des quatre imams, abordé certains points de croyance, et prononcé des formules allant au-delà de ce qui est rapporté dans le hadith. Plusieurs témoignages furent portés contre lui, si bien qu’il fut décidé de le châtier ce jour-là et de le promener dans la ville, avant d’être ramené en prison et détenu. Lorsque arriva le jeudi vingt-deuxième du mois, l’émir Aḥmad ibn Muhannâ (2), roi des Arabes, intercéda en sa faveur auprès du vice-sultan. Celui-ci le fit comparaître et le libéra pour qu’il rejoigne sa famille.
Le vendredi treizième de Jumâdâ al-Ûlâ, le vice-sultan, l’émir Sayf al-Dîn Yalbughâ al-Yahyâwî al-Nâṣirî, fit la prière au sein de la mosquée Tankiz, en dehors de Damas, devant Bâb al-Naṣr (3). Participèrent alors les juges shâfi‘î et mâlikî, ainsi que les grands émirs. Quand la prière fut établie, il l’accomplit, mais certains de ses mamelouks ne prièrent pas, restant assis, armés pour le protéger. Puis, lorsqu’il se releva de la prière, il s’assit avec les émirs mentionnés pour délibérer longuement, avant de se diriger vers Dâr al-Sa‘âda. En fin de journée, il partit avec ses serviteurs, ses mamelouks, son entourage, ses armes et ses biens, et s’installa au sud de la mosquée al-Qadam. L’armée et les émirs sortirent à la fin de la journée, et les gens s’en trouvèrent alarmés. Il se produisit alors une éclipse lunaire.
L’armée s’était avancée en tenue occulte sous leurs habits, munie d’armures, d’arcs, de chevaux et de montures de réserve, sans que la population ne sache ce qui se passait. La raison en était que le vice-sultan avait appris que le gouverneur de Ṣafad (4) s’était mis en chemin pour l’arrêter. Cela le bouleversa, et il déclara : « Je ne mourrai pas ailleurs que sur le dos de mes chevaux, et non sur mon lit. » L’armée et les émirs se mirent en route, craignant qu’il ne s’enfuie, et ils se postèrent à droite et à gauche. Lui ne quitta pas cet endroit, mais continua d’y exercer sa charge, rencontrant les émirs individuellement ou en groupe, cherchant à les rallier à son projet de destituer le roi al-Malik al-Kâmil Sha‘bân – qu’il accusait d’emprisonner fréquemment des émirs sans raison et de commettre des actes indignes de son rang. Ils mentionnèrent de nombreux faits de ce genre et voulurent placer sur le trône son frère, l’émir Hâjjî ibn al-Nâṣir, en raison de son apparence attrayante et de ses louables actions.