Le vendredi, quatrième jour de Jumâdâ al-Ûlâ, sortirent les effets de l’émir Sayf al-Dîn Tuqzdamur, le gouverneur, ainsi que ses chevaux, ses dromadaires, ses serviteurs, ses provisions, ses tambours (ṭablkhânât) et ses enfants, dans un grand apparat et une magnificence extraordinaire. Les carrosses (maḥâfil), les khaḥârât et les palanquins (maḥaffât) destinés à ses épouses, ses filles et sa famille sortirent également dans une ambiance solennelle impressionnante, alors qu’il se trouvait toujours à Dâr al-Saʿâda.
Au moment de l’aube du samedi, cinquième jour de Jumâdâ al-Ûlâ, l’émir Sayf al-Dîn Tuqzdamur se rendit lui-même à al-Kuswah dans une litière en raison de sa maladie, sous la protection divine. Lorsque le soleil se leva ce jour-là, arriva depuis Alep l’Ustâdh Dâr (majordome) de l’émir Sayf al-Dîn Yalbughâ al-Yahyâwî (1), qui prit possession de Dâr al-Saʿâda. Les gens se réjouirent de leur venue et allèrent les féliciter et leur manifester leur amitié.
Le samedi douzième jour de Jumâdâ al-Ûlâ, l’armée au grand complet sortit pour accueillir le vice-sultan, l’émir Sayf al-Dîn Yalbughâ, qui entra dans un grand faste. Il arriva et mit pied à terre près de Bâb al-Sirr, puis baisa le seuil conformément à la coutume, avant de se rendre à Dâr al-Saʿâda.
Le lundi soir, quatorzième jour du même mois, le vice-sultan fit exécuter la punition méritée sur treize hommes détenus en prison. À chacun, il fit couper la main, puis le pied, car il avait appris qu’ils avaient répété leurs crimes. Il fit ensuite clouer et crucifier trois hommes qui devaient être mis à mort. Les gens se réjouirent de cette action, voyant là un moyen de réprimer ceux qui sèment la corruption, les maux, le trouble et la dévastation.
On apprit, au cours de la deuxième dizaine de Jumâdâ al-Âkhira, la nouvelle du décès de l’émir Sayf al-Dîn Tuqzdamur (2) quelques jours après son arrivée dans les territoires égyptiens, dans la nuit du jeudi marquant le début de ce mois. Il fut rapporté qu’un ordre fut donné concernant son fils et son Ustâdh Dâr, et qu’une importante somme d’argent leur fut réclamée. Dieu seul le sait.
Le lundi, douzième jour du même mois, s’éteignit le juge ʿAlâʼ al-Dîn (3) ibn al-ʿIzz al-Ḥanafî, vice-juge, dans son verger à al-Sâliḥiyya, où il fut également inhumé. Cela se produisit après que l’école al-Ẓâhiriyya lui fut rendue et qu’il l’eut reprise à son oncle, le juge ʿImâd al-Dîn Ismâʿîl, comme nous l’avons déjà signalé. Il n’y enseigna qu’un seul jour, alors qu’il était déjà souffrant, puis il retourna à al-Sâliḥiyya, où sa maladie s’aggrava jusqu’à son décès – que Dieu lui fasse miséricorde.
Le samedi onzième jour de Shawwâl, la caravane se mit en route vers la noble région du Hijâz, et une foule nombreuse de la ville l’accompagna. Il tomba une pluie considérable, ce qui réjouit les gens, car la pluie avait été très rare durant le mois de Ramaḍân, qui coïncidait avec Kânûn al-Aṣamm (janvier), et c’était donc un bienfait attendu.