Le vendredi du vingt-cinquième de ce mois, ils se rendirent jusqu’au fossé proche de la porte as-Saghîr. Il eût été préférable de les exterminer complètement et de les brûler afin qu’ils ne répandent pas leur odeur parmi la population, selon la fatwa de l’imam Mâlik ibn Anas, qui autorise de tuer les chiens dans une localité déterminée pour préserver l’intérêt public, si l’imam l’estime justifié. Cela ne contredit pas l’interdiction de tuer la (1) totalité des chiens, et c’est à ce titre que ‘Uthmân ibn ‘Affân ordonnait, dans son prône, de tuer les chiens et de sacrifier les pigeons (2).
[Puis débuta l’année sept cent quarante-six de l’Hégire.] Cette année commença alors que le sultan des musulmans régnant sur l’Égypte, la Syrie, les Deux Lieux Saints, les provinces d’Alep et leurs dépendances était le roi vertueux ‘Imâd ad-Dîn Ismâ‘îl ibn an-Nâsir ibn al-Mansûr. Les juges d’Égypte et de Syrie y étaient également ceux déjà mentionnés.
Le vendredi seize Muharram, on acheva la construction de la mosquée de la partie supérieure d’al-Mizza, que l’émir Bahâ’ ad-Dîn al-Marjânî (3) avait rénovée et érigée — lui dont le père (4) bâtit la mosquée al-Khayf à Minâ. Cette mosquée est vaste et belle, emplie de fraîcheur et de sérénité ; que Dieu agrée l’œuvre de son bâtisseur ! On y célébra le vendredi en présence d’une foule nombreuse d’habitants d’al-Mizza et d’autres personnes venues de la région. J’y fus moi-même le prédicateur (5), à Dieu seule reviennent la louange et la grâce.
Survint alors une discussion autour de la nécessité du « muhallil » dans les concours de courses. L’origine de la controverse est que le cheikh Shams ad-Dîn Ibn Qayyim al-Jawziyya (6) avait, auparavant, rédigé un ouvrage à ce sujet et défendu l’avis du cheikh Taqî ad-Dîn Ibn Taymiyya. Par la suite, des membres turcs de l’armée s’en prévalurent pour émettre des fatwas sans attribuer cette opinion au cheikh Taqî ad-Dîn, amenant certains à croire qu’elle était exclusivement celle d’Ibn al-Qayyim et qu’elle contredisait la position des quatre imams. De ce fait, on lui adressa des réprobations et le juge shafi‘ite le convoqua. La discussion se conclut par l’aveu public du cheikh Shams ad-Dîn Ibn Qayyim al-Jawziyya qu’il se ralliait à l’avis de la majorité (7).