Quelques jours auparavant, l’émir Sayf ad-Dīn Abū Bakr ibn Bahādurāṣ(1), qui avait été fait prisonnier au début du siège de la citadelle d’al-Karak, s’enfuit de celle-ci avec un groupe de Mamelouks d’an-Nāṣir Aḥmad, que ce dernier accusait d’avoir tué ash-Shuhayb Aḥmad, lequel prenait soin de lui et l’aimait. Les armées se réjouirent de la fuite d’Abū Bakr hors de sa portée et de son salut, et il fut envoyé en grande pompe vers les terres d’Égypte. Pendant ce temps, les trois mangonneaux restaient braqués depuis la ville sur la citadelle, la bombardant nuit et jour et causant des dégâts à l’intérieur. En effet, ses murailles demeuraient totalement invulnérables. Il fut ensuite rapporté que l’ardeur du siège s’était relâchée, tout en maintenant une stricte surveillance pour empêcher l’entrée de tout ravitaillement ou de quoi que ce soit susceptible de prolonger la résistance dans la citadelle. Nous demandons à Dieu une issue favorable.
Le mercredi 25 Ṣafar, un courrier arriva à la hâte depuis al-Karak, annonçant la prise de la citadelle, l’incendie de sa porte et la demande de protection de plusieurs partisans de l’émir Aḥmad ibn an-Nāṣir qui supplièrent d’obtenir l’amān (la grâce). Aḥmad fut capturé et conduit, sous bonne garde, en direction des terres d’Égypte. Cela eut lieu le lundi, après la prière de midi, le vingt-troisième jour de ce même mois(2). La fin de toutes choses appartient à Dieu.
Au matin du vendredi 4 Rabī‘ al-Awwal, les réjouissances retentirent depuis la Citadelle et la ville fut ornée sur ordre du sultan al-Malik aṣ-Ṣāliḥ, en signe de joie pour la prise d’al-Karak et le ralliement des troupes à sa cause. La célébration se poursuivit jusqu’au lundi 7 du même mois, puis il fut ordonné d’y mettre fin après la prière de midi, ce qui troubla nombre de gens. Certains colportèrent la rumeur qu’Aḥmad avait repris le dessus et que les émirs le soutenant l’avaient de nouveau reconnu, mais cela était infondé. Les contingents d’al-Karak arrivèrent au matin du dimanche 13 Rabī‘ al-Awwal avec tambours et armées. On apprit alors l’exécution d’Aḥmad ibn an-Nāṣir(3).
Le vendredi 11 Rabī‘ al-Awwal, on pria à la Grande Mosquée des Omeyyades pour le cheikh Athīr(4) ad-Dīn Abū Ḥayyān an-Naḥwī, qui était depuis longtemps la plus haute autorité en sciences religieuses et linguistiques d’Égypte. Son décès survint au Caire, à l’âge de quatre-vingt-dix ans et cinq mois(5).
Plus tard, au cours du mois de Rabī‘ al-Ākhir, la nouvelle se répandit que le sultan Aḥmad avait été tué, décapité et amputé de ses mains, avant qu’on n’ensevelisse son corps à al-Karak. Sa tête fut portée à son frère, al-Malik aṣ-Ṣāliḥ Ismā‘īl, et présentée devant lui le 24 de ce même mois. La population s’en réjouit.