Le samedi, à la fin de ce mois, le jeune al-Ḥasan Shihāb al-Dīn Aḥmad (1) ibn Faraj, muezzin au minaret de l’Arūs, est décédé. Il jouissait d’une grande renommée pour la beauté de sa voix et d’une immense considération auprès des gens de la ville. Il était – qu’Allāh lui fasse miséricorde – plus remarquable encore que ce que l’on peut imaginer, par la douceur et le charme de sa voix. Parmi les récitateurs et les muezzins, nul n’était proche de son niveau ni ne pouvait l’égaler à son époque. Vers la fin de sa vie, il suivait une bonne voie, accomplissait de bonnes œuvres, s’isolait des gens et vaquait à ses propres affaires. Qu’Allāh lui fasse miséricorde et honore son séjour. On pria sur lui après la prière de midi, le jour même, et il fut inhumé auprès de son frère dans le cimetière des soufis.
Le jeudi, cinquième jour de Dhū al-Ḥijja, le shaykh Badr al-Dīn Aḥmad ibn Baṣkhān (2), maître des sept lectures (qirāʾāt) dans la ville, connu pour cela, est décédé. On pria sur lui à la grande mosquée après la prière de midi le même jour, et il fut inhumé à Bāb al-Farādīs – qu’Allāh lui fasse miséricorde.
Le dimanche neuf du mois, qui était le jour de ʿArafa, se tint une séance de lecture (iqrāʾ) au tombeau d’Umm al-Ṣāliḥ, en remplacement du shaykh Badr al-Dīn ibn Baṣkhān, sous la présidence du cadi Shihāb al-Dīn Aḥmad ibn al-Naqīb al-Baʿlabakkī (3). Y assistèrent un groupe de savants et quelques juges. Son arrivée fut soudaine, car il était souffrant. Il exposa alors des points de lectures et d’analyse grammaticale à propos de la parole du Très-Haut : « Et que ceux qui mécroient ne s’imaginent point que le délai que Nous leur accordons soit un bien pour eux » [Āl ʿImrān : 178].
À la fin de ce mois, les prix augmentèrent considérablement et le pain vint à manquer. Les gens se ruèrent en grand nombre dans les boulangeries. On vendit du pain d’orge mêlé de débris, de balle et d’impuretés (4). Le sac (ghirāra) atteignit le prix de cent quatre-vingt-six dirhams. Les prix se tendirent au point que chaque rātil de pain se vendait un dirham, parfois un peu plus, ou un peu moins, selon sa qualité, bonne ou médiocre. À Allāh nous appartenons et à Lui nous retournons. La mendicité augmenta, les familles souffrirent de la faim et une grande partie des ressources et des conditions de vie s’affaiblit. Cependant, la bonté d’Allāh est immense, car les gens attendaient une récolte si abondante qu’on n’en avait pas connu de semblable depuis de très nombreuses années. Son moment approchait, et de nombreuses régions avaient déjà commencé à récolter l’orge et une partie du blé, soutenues par l’abondance de fèves et l’arrivée précoce des mûriers. Sans cela, la situation eût été tout autre ; mais la miséricorde divine veille sur Ses serviteurs. Il est le Maître et le Seul à disposer de toute chose, Celui qui fait ce qu’Il veut ; il n’est d’autre dieu que Lui.
[Ensuite vint l’an sept cent quarante-quatre]
Cette année débuta alors que le sultan des musulmans était al-Malik al-Nāṣir ʿImād al-Dunyā wa-l-Dīn Ismāʿīl ibn al-Malik al-Nāṣir Nāṣir al-Dīn Muḥammad ibn al-Malik al-Manṣūr Sayf al-Dīn Qalāwūn al-Ṣāliḥī.