Le vice-régent de la sultane se rendit à la tribune (maqsoura), accompagné des émirs. Ibn al-Jalâl prononça le prône selon l’usage, et les gens s’en réjouirent, abondant en propos et en brouhaha. Lorsque le prédicateur les salua en montant, ils lui répondirent avec force, se donnant beaucoup de peine pour cela et manifestant leur aversion pour le juge (qâdî) as-Subkî, l’exprimant ouvertement, et ils lui firent entendre de nombreuses paroles. Une fois la prière achevée, l’investiture du vice-régent fut lue sur la tribune. Les gens sortirent heureux de leur prédicateur, parce qu’il avait conservé sa fonction auprès d’eux, et ils se massèrent autour de lui pour le saluer et invoquer Dieu en sa faveur (1).
Le mercredi 3 de Shaʿbân, le juge Burhân ad-Dîn Ibn ʿAbd al-Ḥaqq (2) donna un cours à l’école al-ʿAdhrâwiyya, en vertu d’un décret sultanien qui le nommait à ce poste et révoquait al-Qaḥfâzî (3). Un conseil eut lieu pour eux deux le mardi, à la Dâr al-ʿAdl (Maison de la Justice), et on prit le parti du juge Burhân ad-Dîn à cause de sa situation de besoin et parce qu’il ne bénéficiait d’aucune autre fonction.
Le vendredi 5 du même mois, décéda le vertueux cheikh Shihâb ad-Dîn Aḥmad (4) Ibn [ʿAlî Ibn al-Ḥasan Ibn Dâwûd] al-Jazarî, l’un des grands transmetteurs (musanid) les plus prolifiques et des hommes de bien. Il mourut à l’âge de quatre-vingt-quinze ans – qu’Allâh lui fasse miséricorde. La prière funéraire fut célébrée pour lui le vendredi à la mosquée al-Muẓaffarî, puis il fut inhumé à ar-Rawâḥiyya.
Le mercredi 17 du même mois, mourut le cheikh, l’imam, le savant, l’ascète pieux, le cheikh Shams ad-Dîn Muḥammad (5) Ibn [ʿAbd al-Aḥad Ibn Yûsuf al-Āmidî, connu sous le nom d’Ibn] al-Wazîr (6), prédicateur de la grande mosquée al-Karîmî à al-Qubaybât. On pria sur lui après la prière de midi, ce même jour, dans ladite mosquée. Il fut enterré au sud de la même mosquée, le long de la route, du côté est – qu’Allâh lui fasse miséricorde.
Au début du mois de Ramaḍân, la rumeur se répandit de la naissance d’un enfant ayant deux têtes et quatre bras. On le présenta devant le vice-régent de la sultane, et les gens se rendirent pour l’observer, dans un quartier situé hors de la porte al-Farâdîs, appelé Ḥikr al-Wazîr (7). J’étais parmi ceux qui y allèrent, en compagnie d’un groupe de juristes, le jeudi 3 du mois cité, après la prière de l’asr. Son père—qui se nomme Saʿâda, un homme originaire de la montagne— l’amena. Je l’examinai et vis alors deux enfants complètement distincts, dont les cuisses s’étaient imbriquées l’une dans l’autre. Chacun était monté et s’enfonçait dans l’autre, et ils s’étaient soudés, ne formant qu’un seul corps, bien qu’ils fussent