Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Lorsque vint le dimanche vingt-sept Dhû al-Ḥijja, on apprit que l’émir Rukn ad-Dîn Baybars al-Aḥmadî (1), gouverneur de Ṣafad, était parti avec ses mamelouks, ses serviteurs et tous ceux qui lui obéissaient, fuyant la ville pour échapper à son arrestation. On rapporta que le gouverneur de Gaza l’avait recherché afin de l’arrêter, sur décret du sultan en provenance d’al-Karak. C’est pour cette raison qu’al-Aḥmadî s’enfuit. Quand la nouvelle parvint à Damas, alors privée de gouverneur, les émirs en furent troublés, se réunirent à la Dâr as-Sa‘âda et tinrent conseil. Ils décidèrent ensuite de dépêcher un émir vers la région de Ba‘labakk pour lui barrer la route vers la steppe.

Au matin du lundi, la nouvelle arriva qu’il se trouvait du côté d’al-Kuswa, et qu’aucun obstacle ne l’empêchait de s’échapper. Les émirs se mirent donc tous en selle, et le crieur proclama : « Quiconque parmi les soldats tarde à partir pour cette expédition sera pendu. » Ils s’engagèrent fermement dans la poursuite et se dirigèrent vers al-Kuswa, tout en lui envoyant des émissaires. Il fit alors connaître les raisons de sa fuite et échappa à leur emprise ; il repartit le jour même et ils rebroussèrent chemin, ayant dû voyager en tenue de combat sous un soleil ardent, sans provisions suffisantes au-delà de ce même jour.

Dans la nuit du mardi, les émirs se remirent en route à sa recherche par le col de Thaniyyat al-‘Uqâb, puis revinrent le lendemain en sa compagnie. Ils s’installèrent dans les palais construits par Tankiz (– qu'Allah lui fasse miséricorde –), sur la route de Dârayyâ. Ils y demeurèrent et mirent à sa disposition une allocation complète de fourrage, de moutons et de tout ce dont il pouvait avoir besoin, lui, ses mamelouks et ses gens (2).

Le mardi 6 Muḥarram, un message parvint de la part du sultan ; il fut lu aux émirs à la Dâr as-Sa‘âda et annonçait les égards dus à al-Aḥmadî, son honneur devant être préservé et son pardon octroyé, en raison de ses précédents services auprès du sultan al-Malik an-Nâṣir et de son fils al-Malik al-Manṣûr.

Le mercredi 7 Muḥarram, un autre courrier (3) parvint à l’émir Rukn ad-Dîn Bîbars, gouverneur intérimaire et fils du ḥâjib Ulmâs (4), l’enjoignant de procéder à l’arrestation d’al-Aḥmadî. L’armée revêtit donc ses tenues de combat dès le jeudi, s’élança à cheval et le somma de se rendre—il avait cependant pris la tête de ses mamelouks armés et affichait son refus de se soumettre. Il répondit : « Je n’entends et n’obéis qu’à celui qui détient la souveraineté des contrées d’Égypte. Quant à celui qui séjourne à al-Karak et de qui on rapporte ces actes infâmes dont tout le monde parle, non. » Lorsque les émirs eurent vent de ses propos, ils hésitèrent à agir contre lui, s’apaisèrent et regagnèrent leurs quartiers. Al-Aḥmadî, de son côté, retourna dans son palais (5).

(1) Il est décédé en l'année 746 de l'Hégire. Al-Dalīl al-Shāfī (1/505). (2) Al-Durar al-Kāmina (1/502). (3) Addition requise par le contexte. (4) Dans l'édition al-Mash : c'est une erreur de copie. Il s'agit d'Almās ibn ʿAbd Allāh al-Nāṣirī Muḥammad, détenteur de la grande hujūbiyya. Il est mort assassiné en l'année 734 de l'Hégire. Al-Durar (1/410), Al-Dalīl al-Shāfī (1/154). (5) Al-Durar (1/502).
ولمّا كان يوم الأحد السابع والعشرين من ذي الحجّة ورد الخبر بأن الأمير ركن الدين بِيْبَرْس الأحمدي (١) النائب بصفد ركب في مماليكه وخدمه ومن أطاعه، وخرج منها فارًّا بنفسه من القبض عليه. وذُكر أنَّ نائب غزة قَصدَهُ ليقبِضَ عليه بمرسوم السلطان ورَدَ عليه من الكرَكَ، فهرب الأحمديُّ بسبب ذلك، ولما وصل الخبرُ إلى دمشقَ وليس بها نائب انزعجَ الأمراء لذلك، واجتمعوا بدار السَّعادة، وضربوا في ذلك مشورة ثم جرَّدوا إلى ناحية بعْلبَك أميرًا ليصدوه عن الذهاب إلى البرية. فلمّا أصبح الصباح من يوم الإثنين جاء الخبر بأنه في نواحي الكُسْوة، ولا مانع من خلاصه، فركبوا كلهم ونادى المنادي: من تأخَّر من الجند عن هذا النَّفير شُنِقَ، واستوثقوا في الخروج وقصدوا ناحية الكُسْوة وبعثوا الرسل إليه، فذكر اعتذارًا في خروجه وتخلَّص منهم، وذهب يوم ذلك، وَرَجعُوا وقد كانوا ملبسين في يوم حار، وليس معهم من الأزواد ما يكفيهم سوى يومهم ذلك. فلما كانت ليلة الثلاثاء ركب الأمراء في طلبه من ناحية ثنيَّة العُقاب، فرجعوا في اليوم الثاني وهو في صحبتهم، ونزل في القصور التي بناها تَنْكِز (رحمه الله) ، في طريق داريّا، فأقام بها، وأَجْرَوْا عليه مرتبًا كاملًا من الشعير والغنم وما يحتاج إليه مثله، ومعه مماليكه وخدمه (٢) . فلما كان يوم الثلاثاء سادس المحرم ورد كتاب من جهة السلطان فقرئ على الأمراء بدار السعادة يتضمن إكرامه واحترامه والصَّفح عنه لتقدُّم خَدَمِهِ على السلطان الملك الناصر وابنه الملك المنصور. ولما كان يوم الأربعاء سابع المحرم [جاء كتاب] (٣) إلى الأمير ركن الدين بِيْبرس نائبِ الغيبة ابنِ الحاجب أُلْمَاس (٤) بالقبض على الأَحمديّ، فركب الجيشُ ملبسين يوم الخميس وأوكبوا بسوق الخيل وراسلوه -وقد ركب في مماليكه بالعدد وأظهر الامتناع- فكان جوابه أن لا أسمع ولا أطيع إلا لمن هو ملك الديار المصرية، فاما من هو مقيم بالكَرَك ويصدُرُ عنه ما يقال عنه من الأفاعيل التي قد سارت بها الركبان، فلا، فلما بلغ الأمراء هذا توقَّفوا في أمره، وسكنوا، ورجعوا إلى منازلهم، ورجع هو إلى قصره (٥) .
(١) مات سنة (٧٤٦ هـ) الدليل الشافي (١/ ٥٠٥). (٢) الدرر الكامنة (١/ ٥٠٢). (٣) زيادة يقتضيها السّياق. (٤) في ط: أَلْمَش. وهو تصحيف. وهو ألْماس بن عبد اللَّه الناصري محمد. ولي الحجوبية الكبرى. مات قتيلًا سنة (٧٣٤) هـ الدرر (١/ ٤١٠) الدليل الشافي (١/ ١٥٤). (٥) الدرر (١/ ٥٠٢).

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