Depuis la forteresse prospère d’al-Karak, deux commandants partirent ce jour-là : Taghrudamur et Aqbugha ‘Abd al-Wāḥid, qui se rendirent à al-Kuswa. Puis, lorsque vint le samedi, al-Fakhrī sortit à son tour, accompagné de Taštamur et de la majorité des émirs ; il ne resta alors à Damas que ceux dont la présence était requise pour les affaires urgentes du royaume. Participaient également à cette sortie les quatre juges, le juge des armées, les signataires (1), le ṣāḥib (2), le secrétaire de l’armée et un grand nombre de personnes.
Dans la nuit du dimanche 24 Ramadan, le cheikh pieux, l’ascète adorateur Aḥmad (3), surnommé al-‘Aṣīda, rendit l’âme. On célébra la prière funéraire en sa mémoire dans la mosquée Tankiz (4), puis il fut enterré dans le cimetière de la Ṣūfiyya, non loin de la tombe du cheikh Jamāl al-Dīn al-Mizzī—qu’Allāh leur accorde Sa miséricorde à tous deux. Il faisait preuve d’une grande piété, assidu à la prière en groupe, ordonnant le bien et interdisant le mal, et il était loué par toute la population pour ses bonnes actions. Il se consacrait souvent au service des malades à l’hôpital (māristān) et ailleurs, démontrait une grande abnégation et menait une vie d’ascète fort modeste. Il était également connu pour ses états spirituels célèbres — qu’Allāh lui fasse miséricorde ainsi qu’à nous.
Il se répandit, vers la fin du mois susmentionné, que le sultan al-Malik al-Nāṣir Šihāb al-Dīn Aḥmad avait quitté la forteresse gardée d’al-Karak, accompagné d’un groupe d’Arabes et de Turcs, se dirigeant vers les contrées d’Égypte. Puis il fut confirmé qu’il en était effectivement sorti le lundi 18 du même mois et qu’il entra en terre égyptienne quelques jours plus tard (5). Pendant ce temps, l’armée s’avançait vers lui. Lorsqu’il fut avéré qu’il avait pénétré en Égypte, ils hâtèrent le pas pour rejoindre les terres égyptiennes, et il leur envoya également des messagers pour les presser d’avancer. On rapporta qu’il ne s’assiérait pas sur le trône avant l’arrivée des émirs syriens conduits par son lieutenant, l’émir Sayf al-Dīn Quṭlūbughā al-Fakhrī. C’est pour cela que les réjouissances ne furent pas proclamées, ni à la citadelle de Damas ni ailleurs, selon ce qui nous est parvenu.
Des missives et des informations venues d’Égypte indiquaient que, le lundi 10 Šawwāl, on avait fait asseoir le sultan al-Malik al-Nāṣir Šihāb al-Dīn Aḥmad sur le trône de la royauté : il monta avec le calife al-Ḥākim bi-Amri-llāh Abū al-‘Abbās Aḥmad ibn al-Musta kfī au sommet du minbar, tous deux vêtus de noir. Les juges se tenaient plus bas sur les marches, selon leurs rangs respectifs. Le calife prononça le sermon, démit al-Ašraf Kujuk et désigna ce nouveau al-Nāṣir comme sultan, faisant ainsi de ce jour un événement mémorable. Il nomma publiquement Taštamur comme lieutenant au Caire, al-Fakhrī à Damas et Aydughmish à Alep — Allāh Seul sait toute la vérité (6).
À Damas, on fit retentir les réjouissances (bacha’ir) dans la nuit du vendredi 21 du même mois, et elles se prolongèrent jusqu’à