Il se rendit à al-Karak et l’informa de ce qui était advenu à leur sujet ainsi que de l’affaire d’Al-Tanbughâ. Celui-ci s’en réjouit et transmit la nouvelle de l’arrivée du sultan à Qumârî, faisant la joie de la population. Ils se préparèrent à l’accueillir avec l’apparat du royaume, tandis que le sultan réclama plus de fonds aux propriétaires fortunés et aux gens de la dhimma au titre de la djizya.
Au début du mois de Rajab de cette année, al-Fakhrî monta en cortège investi du mandat de lieutenance (niyâba), escorté du « cortège manṣûr », pour la première fois. Qumârî l’accompagnait, revêtu d’une somptueuse robe d’honneur. Ce jour-là, les gens adressèrent de nombreuses prières et invocations en faveur d’al-Fakhrî, et ce fut un jour mémorable.
Ce même jour, plusieurs commandants de milliers (muqaddamîn al-alûf) partirent pour al-Karak, afin d’informer le fils du sultan de ce qui s’était produit. Parmi eux se trouvaient Taghrudamur, Aqbughâ ‘Abd al-Wâḥid (qui était le « sâqî ») (1), Mankulî Bughâ (2) et d’autres.
Le samedi trois du mois, al-Fakhrî convoqua le juge shaféite et insista pour qu’il lui remît les livres qui se trouvaient dans la tribune de juridiction (3), livres qui avaient été saisis auprès du cheikh Taqî al-Dîn Ibn Taymiyyah (qu’Allah lui fasse miséricorde) à la citadelle Manṣûra, à l’époque de Jalâl ad-Dîn al-Qazwînî. Le juge les lui apporta après maintes difficultés et tergiversations, craignant pour lui-même. Al-Fakhrî les confisqua au palais et renvoya le juge, courroucé contre lui, songeant même à le démettre de ses fonctions pour avoir initialement refusé de livrer les ouvrages.
Il se peut que quelqu’un ait objecté que certains passages de ces livres concernaient la question de la « visitation ». Al-Fakhrî déclara : « Le cheikh connaissait Dieu et Son Messager mieux que vous. » Al-Fakhrî se réjouit de la remise de ces ouvrages et convoqua le frère du cheikh, Zayn ad-Dîn ‘Abd ar-Raḥmân, ainsi que le cheikh Shams ad-Dîn ‘Abd ar-Raḥmân Ibn Qayyim al-Jawziyya, qui s’était activé pour cette cause de manière louable. Il les félicita d’avoir fait en sorte que les livres lui soient présentés et conserva ces derniers dans sa chambre forte pour en tirer bénédiction. Ce soir-là, le cheikh Zayn ad-Dîn, frère du cheikh, dirigea la prière du maghrib au palais et fut honoré abondamment par al-Fakhrî, qui aimait particulièrement le cheikh (qu’Allah lui fasse miséricorde).
Le dimanche quatre du mois, l’on sonna les fanfares de réjouissance à la citadelle et à Bâb al-Maydân, car un messager venait d’arriver, annonçant que Qawsûn avait été arrêté en Égypte. La foule se rassembla et nombre de gens se réjouirent de cette nouvelle. Par ailleurs, plusieurs émirs se rendirent à al-Karak pour prêter allégeance à an-Nâṣir ibn an-Nâṣir et rejoignirent les émirs de Syrie devant al-Karak. Ils demandèrent au prince de descendre les rencontrer, mais il refusa, craignant qu’il ne s’agisse d’un stratagème visant à l’arrêter et à le livrer à Qawsûn. Il préféra attendre et les renvoya à Damas.
Durant ces jours et à d’autres moments proches de cette période, al-Fakhrî leva la zakât auprès de plusieurs marchands dans les souks pour un an, et le montant s’éleva à plus de cent sept mille. Il confisqua une somme d’un montant similaire auprès des gens de la dhimma, en plus de la djizya qui leur avait été extorquée pour trois années d’avance. Puis, le lundi vingt et un du mois, un héraut proclama par ordre d’al-Fakhrî l’abolition des injustices et des réquisitions, ainsi que l’annulation du solde de la zakât et des confiscations, à l’exception de