Ceux qui étaient restés à Damas formaient un groupe, parmi lesquels se trouvaient Tammur as-Sâqî al-Muqaddam, Ibn Qarasunqur, Ibn al-Kâmil, Ibn al-Muʿaẓẓam, Ibn al-Baladî et d’autres. Tous prêtèrent alors allégeance, avec les fonctionnaires de Damas, au roi an-Nâsir fils d’an-Nâsir. Al-Fakhrî s’installa au khân Lâjîn, et les négociants ambulants sortirent avec leurs marchandises pour se rendre auprès de lui. Le matin du mardi seizième du mois, on fit résonner les fanfares de la bonne nouvelle dans la citadelle.
On proclama alors dans la ville : « Votre sultan est al-Malik an-Nâsir Aḥmad fils d’an-Nâsir Muḥammad ibn Qalâwûn, et votre gouverneur (nâʾib) est Sayf ad-Dîn Quṭlûbughâ al-Fakhrî ». Nombre de gens s’en réjouirent, et le gouverneur de Ṣafad se joignit à lui. Le gouverneur de Baʿlabakk lui prêta également allégeance ; ils lui recrutèrent des hommes et des soldats. L’émir Sayf ad-Dîn Sinjar al-Jamaqdâr, commandant l’aile droite de l’armée à Damas, revint à lui après avoir été retardé dans son voyage avec le gouverneur de Damas, ʿAlâʾ ad-Dîn Alṭanbughâ, à cause d’une maladie. Lorsque al-Fakhrî arriva, Sinjar le rejoignit et prêta serment au fils d’an-Nâsir. Il écrivit ensuite au gouverneur de Ḥamâ, Taghrudamur, qui avait été le représentant (nâʾib) en Égypte pour le roi al-Manṣûr. Celui-ci accepta et rejoignit l’armée le samedi vingt-sept du même mois, dans un grand faste, avec d’importants trésors et un convoi considérable.
Le dimanche matin vingt-huit du même mois, le soleil s’éclipsa avant midi. Le lundi matin, vingt-neuvième de Jumâdâ al-Âkhira, le gouverneur de Gaza, l’émir Âq Sunqur, arriva avec l’armée de Gaza, qui comptait près de deux mille hommes. Ils pénétrèrent dans Damas à l’aube puis se rendirent au camp d’al-Fakhrî. Ils s’y joignirent et y furent accueillis avec joie, portant le total des combattants à près de cinq mille hommes, voire davantage.
Lorsque débuta le mois de Rajab al-Fard, un groupe de grands marchands furent convoqués, car al-Fakhrî leur réclamait des fonds pour renforcer ses troupes. Le montant exigé atteignait un million de dirhams. Il disposait également d’un décret d’an-Nâsir fils d’an-Nâsir, l’autorisant à vendre les biens de l’émir Sayf ad-Dîn Qawsûn — atabeg du roi al-Ashraf ʿAlâʾ ad-Dîn Kujuk, fils d’an-Nâsir — situés en Syrie, parce que Qawsûn s’était opposé au fait de prêter allégeance à Aḥmad ibn an-Nâsir. Quelqu’un suggéra à al-Fakhrî de vendre certaines propriétés privées royales aux marchands et de traiter ainsi le produit de la vente des biens de Qawsûn comme partie de ces biens privés. L’ordre en fut donné et l’on mit en vente la localité de Dûma, évaluée à un million cinq cent mille (dirhams), avant que la grâce de Dieu n’intervienne : on remit les marchands en liberté après deux ou trois nuits, et on compensa cette somme par les entrepôts de Qawsûn.
Al-Fakhrî, accompagné de ceux qui l’avaient rejoint, parmi les émirs et les soldats, demeura établi à Thaniyyat al-ʿUqâb. Il recruta également un grand nombre d’hommes du Biqāʿ, plus d’un millier d’archers, dont l’émir protégeait les débouchés des routes. Cependant, l’arrivée de l’émir ʿAlâʾ ad-Dîn Alṭanbughâ, accompagné des troupes de Damas, de la majorité des forces d’Alep et d’un contingent de Tripoli, était imminente, et les troupes d’al-Fakhrî se préparaient à les affronter.