Les grands émirs décidèrent de le déposer lorsqu’ils virent que la situation s’était aggravée au point de causer une grave corruption. Ils firent alors venir le calife al-Ḥākim bi-Amr Allāh Ibn Abī al-Rabīʿ Sulaymān, devant qui furent établies les accusations portées contre le roi al-Manṣūr. À ce moment-là, les grands émirs et d’autres le déposèrent et mirent à sa place le frère mentionné ci-dessus. Ils l’envoyèrent ensuite à Qūṣ, en le maintenant dans une situation étroite, accompagné de trois de ses frères — certains disent plus —, puis ils installèrent ce roi al-Ashraf sur le trône. L’émir Sayf ad-Dīn Qūṣūn an-Nāṣirī gouverna à sa place. Les affaires se poursuivirent de manière satisfaisante et la nouvelle parvint en Syrie ; les émirs lui prêtèrent allégeance le mercredi. Les annonces festives retentirent la veille du jeudi, premier jour de Rabīʿ al-Awwal, et l’on prononça le khuṭba en son nom à Damas le vendredi, en présence du lieutenant du sultan, des juges et des émirs.
Le mercredi 17 Rabīʿ al-Awwal, le Qāḍī al-Quḍāt (Juge suprême) Taqī ad-Dīn as-Subkī se rendit au Dār al-Ḥadīth al-Ashrafiyya pour remplacer notre maître, le ḥāfiẓ Jamāl ad-Dīn al-Murrī, et assura également la direction du Dār al-Ḥadīth an-Nūriyya en lieu et place de son fils (1). Au mois de Jumādā al-Ūlā, on apprit que le gouverneur (nāʾib) d’Alep, l’émir Sayf ad-Dīn Ṭashtamar, surnommé « al-Ḥimmaṣ al-Akhaḍar » (“le Pois chiche vert”), soutenait le fils du sultan, l’émir Aḥmad, qui se trouvait à al-Karak, qu’il mobilisait ses troupes à cette fin, et Dieu est plus savant (2).
Durant la seconde décade de ce même mois, les armées accompagnant l’émir Sayf ad-Dīn Quṭlūbughā al-Fakhrī arrivèrent à al-Karak pour rechercher l’émir Aḥmad, fils du sultan. Dans ce même mois, on évoqua beaucoup le sujet de l’émir Aḥmad ibn an-Nāṣir se trouvant à al-Karak, à cause du siège que menaient contre lui les troupes venues avec al-Fakhrī. La rumeur se répandit selon laquelle le gouverneur d’Alep, l’émir Sayf ad-Dīn Ṭashtamar dit « al-Ḥimmaṣ al-Akhaḍar », soutenait les fils du sultan qui avaient été expulsés d’Égypte vers la Haute-Égypte et qu’il défendait l’émir Aḥmad dans le but de détourner de ce dernier l’armée et de lever le siège. On racontait encore qu’il envisageait de se rendre à al-Karak afin de soutenir Aḥmad, fils de son maître. Le gouverneur de Syrie (nāʾib ash-Shām) à Damas se prépara à l’affronter, convoqua l’armée pour affronter ses intentions de semer la discorde et de rompre l’unité, de sorte que les troupes y prêtèrent grande attention, se tinrent prêtes et supportèrent de lourdes charges. Cela inquiéta la population, qui craignit la survenue d’une guerre civile. On redoutait qu’en cas de combats, les tribus des montagnes et de Ḥawrān ne se soulèvent, entraînant ainsi l’arrêt des travaux agricoles et autres activités. Par la suite, l’envoyé du sultan à Alep parvint auprès du gouverneur de Damas, l’émir ʿAlāʾ ad-Dīn Alṭanbughā, à qui il transmit un message verbal. Après l’avoir écouté, celui-ci dépêcha avec lui le commandant de l’aile gauche, Ayyān as-Sāqī (3), et ils se rendirent ensemble à Alep, puis revinrent dans les derniers jours de Jumādā al-Ākhira avant de partir pour l’Égypte. On apprit alors que la situation demeurait sans changement, jusqu’à ce qu’un accord soit conclu au sujet du retour des fils du roi an-Nāṣir en Égypte — à l’exception d’al-Manṣūr — et de l’abandon du siège d’al-Karak (4).