Puis vint l’an sept cent quarante-deux (742). Elle débuta un dimanche, alors que le sultan de l’Islam dans les terres d’Égypte, du Bilād al-Shām et leurs alentours était le roi al-Mansour Sayf al-Dîn Abou Bakr, fils du sultan al-Nāsir Nāsir al-Dîn Muhammad, lui-même fils du sultan al-Malik al-Mansour Sayf al-Dîn Qalāwûn al-Sālihî. Le vice-roi du Shām était l’émir ‘Alā’ al-Dîn Alṭanbughā, et les juges de Damas et d’Égypte restaient les mêmes que précédemment, de même que les principaux administrateurs, à l’exception des gouverneurs.
Ce jour-là, on prêta serment de fidélité au califat en faveur de l’Amir al-Mu’minīn Abou al-Qāsim Ahmad ibn al-Mustakfī bi-llāh Abī al-Rabī‘ Sulaymān al-‘Abbāsī. Il revêtit l’habit noir et s’assit avec le roi al-Mansour sur le trône royal. Il lui fit également endosser un habit noir, si bien qu’ils étaient tous deux vêtus de noir. Le calife prononça alors un sermon éloquent et limpide, où il invita à la piété et à la réprobation du mal. Ils offrirent ce jour-là des robes d’honneur à plusieurs émirs et notables, et ce fut un événement mémorable. Abou al-Qāsim avait déjà reçu l’investiture de calife de son père, mais al-Nāsir l’en avait empêché et avait désigné à sa place Abou Ishāq Ibrāhīm, le fils du frère d’Abī al-Rabī‘, surnommé al-Wāthiq bi-llāh, pour qui on fut amené à prier une fois le vendredi au Caire. Al-Mansour le destitua cependant et confirma Abou al-Qāsim, ratifia son investiture et le désigna sous le titre d’al-Mustanṣir bi-llāh, comme nous l’avons rapporté.
Le dimanche huit muharram, l’émir Sayf al-Dîn Bashtak al-Nāsirī fut arrêté en fin de journée. On venait tout juste de rédiger son acte de nomination comme vice-roi du Shām et de lui en remettre la tenue officielle ; ses bagages étaient déjà sortis. Il se présenta alors au roi al-Mansour pour prendre congé : celui-ci l’accueillit, le fit asseoir, servit un repas et ils mangèrent ensemble. Le roi, peiné de le voir partir, lui dit : « Tu pars et me laisses seul. » Puis il se leva pour le saluer. Bashtak s’éloigna d’environ huit pas lorsque trois hommes s’approchèrent : l’un trancha son épée au niveau de la ceinture avec un couteau, l’autre lui couvrit la bouche et le troisième l’attacha et le mit aux fers, le tout en présence du sultan. Ils l’emmenèrent ensuite, et nul ne sut où il fut conduit. Ils dirent à ses mamelouks : « Partez, et apportez la monture de l’émir demain, il passera la nuit chez le sultan. » Au matin, le sultan prit place sur le trône royal et ordonna l’arrestation de plusieurs émirs ainsi que de neuf grands dignitaires, posant la main sur leurs biens, leur argent et leurs propriétés. On rapporte qu’il fut trouvé chez lui un million de dinars d’or, plus sept cent mille autres dinars.