Lorsqu’ils soupçonnèrent certains émirs de collusion avec l’ancien vice-roi de Damas, et afin de mettre la main sur les biens de l’émir Sayf al-Dîn Tankiz, lui aussi relevé de sa fonction de vice-roi de Syrie pour être envoyé en Égypte, on prit alors les dispositions nécessaires à cet égard.
Le lundi 6 (du mois), l’émir ‘Alâ’ al-Dîn Alṭanbughâ fit son entrée à Damas en qualité de nouveau vice-roi. Les habitants, accompagnés de Buchtâk et des émirs égyptiens, l’accueillirent et descendirent pour baiser le seuil de sa porte, puis l’accompagnèrent jusqu’à Dâr al-Sa‘âda où fut lu son décret de nomination.
Le lundi 13, deux grands émirs de premier rang furent arrêtés : Al-Jîbughâ al-‘Âdalî (1) et Ṭaybughâ Hâjî (2). Ils furent conduits à la citadelle al-Manṣûra et l’on procéda à la saisie de leurs biens. Le mardi suivant, on emmena pour l’Égypte la maisonnée de l’émir en chef Sayf al-Dîn Tankiz, ainsi que sa famille et ses enfants.
Le mercredi 15, le vice-roi de la sultane, l’émir ‘Alâ’ al-Dîn Alṭanbughâ, sortit à cheval accompagné de l’émir Sayf al-Dîn Buchtâk al-Nâṣirî, de la « Ḥâjja Raqṭiyya », de Sayf al-Dîn Quṭlûbughâ al-Fakhrî et d’un groupe d’émirs de haut rang. Ils se réunirent sur le marché aux chevaux et y firent comparaître deux mamlouks de l’émir Sayf al-Dîn Tankiz, nommés Junghây (3) et Tughây. Un ordre fut donné de les couper en deux, ce qui fut exécuté ; ils furent ensuite pendus sur des potences de bois, tandis que l’on proclamait : « Voici le châtiment de qui a osé défier le sultan al-Nâṣir. »
Concernant la mort de Tankiz (4) : le mardi 21 du même mois, l’émir Sayf al-Dîn Tankiz, ancien vice-roi de Syrie, mourut dans la citadelle d’Alexandrie. Certains dirent qu’il fut étranglé ; d’autres affirmèrent qu’il fut empoisonné, et cette dernière version est la plus vraisemblable ; d’autres encore rapportèrent différentes versions. Les gens furent très affectés par sa disparition et s’en affligèrent longtemps. Ils rappelaient constamment l’allure imposante qu’il avait, son intégrité, son zèle à préserver l’honneur des musulmans et les interdits de l’islam, de même que son attention portée aux nécessiteux et à d’autres, ce qui rendit leur regret encore plus profond.
Le cadi Amîn al-Dîn Ibn al-Qalânsî nous informa que l’émir (5) Sayf al-Dîn Tankiz fut arrêté un mardi, qu’il entra au Caire un mardi, qu’il arriva à Alexandrie un mardi et qu’il y mourut un mardi. On pria sur lui à Alexandrie et il fut inhumé dans son cimetière, le 23 du mois de Muḥarram, près de la tombe d’al-Qabbârî, lors de funérailles dignes de son rang.
Le jeudi 7 du mois de Ṣafar (6), l’émir Sayf al-Dîn Ṭachtumur, l’homme qui avait arrêté Tankiz, parvint à Damas et y descendit séjourner.