Et le propos est que, quelques nuits plus tard, les chrétiens se rendirent du côté occidental de la mosquée jusqu’à la Qaysariyya dans son intégralité, avec tout ce qu’elle contenait d’arches et d’équipements — « Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournons. » Les étincelles du feu se propagèrent vers les maisons, les habitations et les madrasas alentour. Une partie de la madrasa al-Amīniyya fut incendiée jusqu’au quartier jouxtant ladite école. Leur seul dessein était que l’incendie atteigne le lieu de culte des musulmans, mais Dieu les en empêcha. Le vice-sultan et les émirs arrivèrent et empêchèrent l’incendie d’atteindre la mosquée ; qu’Allah les récompense en bien. Lorsque le vice-sultan eut la certitude que c’était l’œuvre de ces derniers, il ordonna l’arrestation des notables chrétiens : on en arrêta environ soixante. Ils subirent confiscations, coups, châtiments et diverses représailles. Puis on en crucifia plus d’une dizaine sur des chameaux et on les promena dans les contrées ; ils expiraient l’un après l’autre. Ensuite, on les brûla au feu jusqu’à ce qu’ils deviennent cendre — qu’Allah les maudisse. C’est ainsi que se termine le récit (1). Et Dieu sait mieux.
Quant à la raison de l’arrestation de Tankiz (2) : le mardi 24 Dhou al-Hijja, l’émir Tachtemur (3) arriva de Safad en toute hâte, et l’armée de Damas s’arma et se prépara. Le vice-sultan sortit rapidement de son palais pour se rendre à la Dār al-Saʿāda, et la troupe prit position à la porte d’al-Naṣr. Le vice-sultan souhaitait s’équiper et combattre (4), mais on le lui déconseilla, estimant préférable de sortir au-devant du sultan en manifestant obéissance et soumission. Il sortit donc sans armes. Lorsque, hors de la ville, il se trouva cerné par al-Fakhri (5) et d’autres, ils le saisirent et l’emmenèrent du côté d’al-Kiswah. Parvenus près de la coupole de Yalbughā, ils mirent pied à terre, le chargèrent de fers et apportèrent ses effets personnels depuis son palais, puis ils l’expédièrent aussitôt, enchaîné, au sultan. À son arrivée (6), on ordonna qu’il soit transféré à Alexandrie et on se renseigna sur ses biens ; il avoua une partie, puis, sous la torture, reconnut le reste. Ils le mirent à mort et l’enterrèrent à Alexandrie (7), avant de transporter sa dépouille à Damas (8)– qu'Allah lui fasse miséricorde –. Il avait passé la soixantaine. Il était juste, imposant, chaste de mœurs et de main, et les gens, sous son administration, vivaient dans l’abondance, la sécurité et la retenue. Qu’Allah lui fasse miséricorde et abreuve sa tombe de Sa grâce.
Il laissa de nombreux biens de mainmorte (awqāf). Parmi eux : un maristān (hôpital) à Safad, une mosquée à Naplouse et à ʿAjloun, une autre à Damas, une Dār al-Hadith (maison d’enseignement du hadith) à Jérusalem et à Damas, ainsi qu’une madrasa et une khanqah (couvent soufi) à Jérusalem, un ribāṭ (convent) et un souk affecté aux revenus de la mosquée al-Aqsa ; il ouvrit aussi une fenêtre dans la mosquée. Fin de la citation, et Dieu le Très-Haut est plus savant.