L’historien Shams al-Dīn, nommé Muḥammad (1) b. Ibrāhīm al-Jazarī (2), compila une chronique exhaustive (3) dans laquelle il relata des faits [remarquables] (4). Le ḥāfiẓ al-Mizzī, al-Dhahabī et al-Barzālī en tirèrent profit (5), recourant à ses écrits et se fiant à ses transmissions (6). Il s’agissait d’un shaykh octogénaire, dont l’ouïe était affaiblie et dont l’écriture était devenue moins sûre. Il était le père de Shaykh Naṣīr al-Dīn (7) Muḥammad et le frère de Majd al-Dīn.
[Puis vint l’année 740 de l’Hégire] : Au commencement de cette année, le sultan des musulmans était al-Malik an-Nāṣir, avec les mêmes gouverneurs et juges nommés précédemment, à l’exception du juge shāfiʿī de Syrie ; en effet, al-Qazwīnī mourut et le grand savant as-Subkī lui succéda.
Parmi les événements particulièrement effrayants qui eurent lieu, un groupe de notables chrétiens se réunit dans leur église et amassa une forte somme d’argent, qu’ils confièrent à deux moines venus du pays des Romains, sachant manier le naphte ; l’un s’appelait Milānī et l’autre ʿĀzar. Ils préparèrent un mélange à base de naphte, d’une telle ingéniosité que son action ne se manifestait qu’après quatre heures ou plus. Ils le déposèrent dans les interstices de plusieurs boutiques dans le Sūq ar-Rijāl, tard dans l’après-midi, sans que personne ne s’en aperçût, car ils portaient l’apparence de musulmans.
Au milieu de la nuit, la population fut surprise de voir le feu prendre dans ces boutiques, au point d’atteindre les parapets du minaret oriental donnant sur le marché concerné et de les incendier. Le vice-roi (nāʾib) de la sultanat, Tankiz, ainsi que les émirs (commandants des milliers), accoururent et gravirent le minaret en feu. Ils veillèrent à protéger la grande mosquée ; grâce à Dieu – louanges Lui soient rendues – elle fut épargnée. Quant au minaret, ses pierres explosèrent et les échafaudages menant aux escaliers furent consumés par les flammes ; on le démolit pour le reconstruire avec des pierres neuves. C’est le minaret oriental dont il est fait mention dans le ḥadīth, selon lequel ʿĪsā fils de Maryam y descendra (8), comme il sera expliqué lors du récit de sa descente – que la paix soit sur lui – alors que la cité sera assiégée par l’Antéchrist.