Le « seuil de la porte » (1). Le sens visé est que leur chien, qui était avec eux et les accompagna lorsqu’ils se séparèrent de leur peuple, les suivit sans entrer avec eux dans la caverne ; il resta plutôt à l’extérieur, accroupi à l’entrée, les pattes posées sur le seuil (al-wacîd). Cela relève à la fois de la bonne conduite de cet animal et de l’honneur dont ces jeunes gens furent gratifiés, car les anges n’entrent pas dans une demeure où se trouve un chien. Du reste, la fréquentation de gens vertueux exerce une influence telle que, même le chien de ces hommes, demeura avec eux aussi longtemps qu’ils restèrent à l’écart. Quiconque aime un groupe en partage la félicité. Si cette règle vaut pour un chien, que dire alors de celui qui suit les gens de bien et qui mérite d’être honoré ?
Beaucoup de conteurs et de commentateurs (qas̱aṣ et mufassirîn) rapportent au sujet de ce chien un récit longuement détaillé, largement puisé dans les traditions israélites, dont une grande partie est sans fondement ou sans intérêt, comme leurs divergences sur le nom ou la couleur de l’animal (2).
Quant à l’emplacement de la caverne, les savants ont exprimé plusieurs avis : selon nombre d’entre eux, elle se situerait au pays d’Aÿla ; d’autres pensent qu’elle se trouve à Ninive, d’autres encore au Balqâ’, ou dans les contrées byzantines, ce qui paraît plus vraisemblable, Dieu sait mieux.
Après que Dieu – exalté soit-Il – a mentionné ce qui est le plus utile dans ce récit, en décrivant leur état de sorte que l’auditeur imagine les voir et que le narrateur semble en être le témoin direct – dépeignant leur caverne, la façon dont ils se tournaient d’un côté et de l’autre, tandis que leur chien étendait ses pattes sur le seuil –, Il dit : « Si tu les avais aperçus, tu aurais certainement pris la fuite devant eux et tu aurais été rempli d’effroi » (Coran 18 : 18). Ceci témoigne de la majesté et de la grandeur qui les enveloppaient dans l’état où ils se trouvaient. Il se peut que ce discours s’adresse ici à l’être humain en général, et non spécifiquement au Messager de Dieu (ﷺ), à l’instar du verset : « Qu’est-ce qui te fait donc nier la Rétribution ? » (Coran 95 : 7), c’est-à-dire : « Ô homme ! », car, de par sa nature, l’être humain est enclin à s’effrayer devant les manifestations d’une telle majesté. C’est pourquoi Il a dit : « Si tu les avais aperçus, tu aurais fui pour t’éloigner d’eux et tu aurais été rempli de crainte », indiquant du même coup que le fait de recevoir un récit n’est pas comparable à la vision directe, comme le stipule aussi le hadith (3). En effet, malgré la connaissance de leur histoire, personne ne prit la fuite ou ne fut saisi de terreur.
Dieu mentionne ensuite qu’Il les a ressuscités de leur sommeil après trois cent neuf ans. À leur réveil, ils se dirent mutuellement : « Combien de temps avons-nous demeuré (ainsi) ? » – « Nous avons demeuré (ainsi) un jour ou une partie d’un jour », répondirent-ils. Et ils poursuivirent : « Votre Seigneur sait mieux combien (de temps) vous avez demeuré ainsi. Envoyez donc l’un de vous à la ville avec votre argent (warq) » – c’est-à-dire les pièces qu’ils avaient avec eux – « qu’il voie quel aliment y est le plus pur », autrement dit le meilleur et le plus sain, « et qu’il vous rapporte de quoi vous nourrir. » C’est là une marque de leur ascétisme et de leur piété. « Qu’il agisse avec précaution », c’est-à-dire en entrant discrètement dans la cité, « et que personne ne vous remarque », car « s’ils l’emportent sur vous, ils vous lapideront ou vous feront revenir à leur religion ; et alors vous ne réussirez jamais » (Coran 18 : 19-20). Ils s’imaginaient en effet avoir sommeillé un jour, ou une partie de jour, ou un peu plus, sans penser qu’ils avaient dormi plus de trois cent ans.