Au cours du mois de Dhu al-Hijja, la mort survint de Shams Muhammad, le muezzin connu sous le nom d’al-Najjar et également appelé al-Batî. Il intervenait et récitait des poèmes lors d’assemblées. Dieu, exalté soit-Il, est plus savant.
[Puis arriva l’année sept cent trente-sept de l’Hégire]
Elle débuta un vendredi, alors que le calife al-Mustakfî bi-llâh avait été détenu par le sultan, le roi an-Nâsir, qui lui interdit de rencontrer les gens. Le gouverneur de la Syrie (ash-Shâm) était Tankiz ibn ‘Abd Allâh an-Nâsirî. Les juges et les administrateurs étaient les mêmes que l’année précédente, à l’exception du secrétaire du secret (le gardien du sceau), fonction assurée par ‘Imâd ad-Dîn ibn al-Qutb. L’émir Badr ad-Dîn ibn Qutlûbak ibn Shashnakîr était chargé du district rural, tandis que Husâm ad-Dîn Turuntây al-Jûkandâr occupait le poste de préfet de la ville.
Dès le premier jour de cette année, un vendredi, on annonça que l’armée de ‘Alî Pacha avait été mise en déroute, et certains affirmaient qu’il avait été tué. Le 22 de Muharram, les lettres en provenance des pèlerins arrivèrent, décrivant de grandes difficultés sur la route du pèlerinage : la mort de nombreux chameaux, l’abandon des charges et l’obligation pour nombre d’hommes et de femmes de marcher à pied. Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournons. Louange à Dieu en toute circonstance.
Vers la fin de Muharram, le juge Husâm ad-Dîn Hasan ibn Muhammad al-Ghûrî, qâdî (juge) de Bagdad, fit son entrée à Damas, accompagné du vizir Najm ad-Dîn Mahmûd ibn ‘Alî ibn Shurwân al-Kurdî et de Sharaf ad-Dîn ‘Uthmân ibn Hasan al-Baladî. Ils y séjournèrent trois jours puis se rendirent en Égypte, où ils furent pleinement reçus par le sultan : le premier fut nommé juge pour les Hanafites, comme il sera rapporté ultérieurement, le second devint vizir et le troisième fut investi émir.
Le jour de ‘Âshûrâ’, Shams ad-Dîn Muhammad, fils du shaykh Shihâb ad-Dîn Ahmad ibn al-Labbân, juriste shaféite, fut convoqué au conseil de justice présidé par al-Jalâlî. Se trouvaient également présents Shihâb ad-Dîn ibn Faḍl Allâh Majd ad-Dîn al-Aqṣarâ’î, le maître des maîtres (shaykh ash-shuyûkh), ainsi que Shams ad-Dîn al-Iṣbahânî. On l’accusa de propos inadmissibles au sujet du ḥulûl (incarnation), de l’ittiḥâd (union), d’excès dans des doctrines inspirées des Qarmates et d’autres griefs. Il reconnut certaines de ces affirmations, si bien qu’on décréta que son sang n’était pas à verser. Après quelques interventions en sa faveur, il conserva ses charges, mais on lui interdit de prêcher aux fidèles. Un groupe d’émirs et de notables s’était rangé de son côté.