L’émir Jamâl ad-Dîn (1), gouverneur d’al-Karak, fut relevé de son poste de gouverneur de Tripoli conformément à sa demande. Tifâl s’y rendit, et le gouverneur d’al-Karak arriva à Damas. Un ordre (2) lui enjoignit de résider à Ṣarkhad. Lorsque le vice-sultan et l’armée vinrent à sa rencontre, il descendit à la Dâr as-Sa‘âda, on lui retira alors son épée, puis on le transféra à la citadelle, ensuite à Ṣafat (3), puis à Alexandrie. Ce fut la dernière fois qu’on entendit parler de lui.
Au mois de Jumâdâ al-Awwal, la résidence de l’émir Bakhtamur al-Ḥâjib al-Ḥusâmî (4) au Caire fut mise sous séquestre et fouillée, et on en retira une énorme quantité de biens. Son grand-père n’était autre que le gouverneur d’al-Karak déjà mentionné.
Le samedi 9 Jumâdâ al-Âkhir, Ḥusâm ad-Dîn Abû Bakr, fils de l’émir ‘Izz ad-Dîn Aybak at-Tajîbî, fut nommé à la surveillance des waqfs en remplacement d’Ibn Bakhtâsh, qui fut arrêté. On l’investit d’un khal‘ et les gens le félicitèrent.
À la mi-mois, on suspendit le nouveau voile (sitr) sur la Khazâna du muṣḥaf ‘uthmânî : il était confectionné en khazz (velours), mesurait huit coudées de longueur et quatre coudées et demie de largeur, et son coût s’éleva à quatre mille cinq cents (pièces). Son élaboration avait duré une année et demie (5).
La caravane syrienne (ar-rakb ash-shâmî) partit le jeudi 9 Shawwâl, sous le commandement de ‘Alâ’ ad-Dîn al-Mursî et avec pour juge Shihâb ad-Dîn aẓ-ẓâhirî (6).
À la même période, l’armée d’Alep regagna la ville. Elle comptait dix mille hommes, sans compter ceux parmi les Turkmènes qui les suivaient. Ils se trouvaient dans les régions d’Adana, de Tarse et d’Ayâs, où ils avaient commis destructions, tueries, captures et mises en esclavage (7) d’un grand nombre de personnes. Aucun homme ne manqua à leur effectif, si ce n’est un seul qui se noya dans le fleuve Jayhân. Mais les mécréants mirent à mort près d’un millier de musulmans qu’ils détenaient parmi eux, le jour de l’Aïd al-Fiṭr, qu’il s’agît de marchands ou d’autres personnes (8). « Nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous retournons » (9).
À ce même moment, un violent incendie se déclara à Ḥamâ, détruisant de nombreux marchés, biens privés et biens de mainmorte (awqâf) ; des fortunes incalculables furent anéanties. De même, la majeure partie de la ville d’Antioche fut ravagée par le feu, causant de grandes souffrances parmi les musulmans.