«(Au sujet du verset) “Dhul-Qarnayn” [Al-Kahf : 83], Il dit également ici : “Penses-tu que les gens de la Caverne et d’Ar-Raqîm aient été, parmi Nos signes, un prodige étonnant ?” [Al-Kahf : 9]. Autrement dit, ils ne constituent pas un miracle si grand comparé aux récits grandioses, aux signes éclatants et aux prodiges étonnants que Nous t’avons communiqués.
La ‘caverne’ (al-kahf) est la grotte dans la montagne. Selon Chou‘ayb al-Jaba’î (1), le nom de leur caverne est Hayzam.
Quant à ‘Ar-Raqîm’, Ibn ‘Abbâs a dit : “Je ne sais pas ce qu’il désigne.” Certains ont soutenu qu’il s’agit du document où étaient consignés leurs noms et le récit de leur histoire, écrit après eux, version privilégiée par Ibn Jarîr (2) et d’autres. D’autres ont supposé qu’il s’agissait du nom de la montagne où se trouvait leur caverne : c’est l’avis d’Ibn ‘Abbâs et de Chou‘ayb al-Jaba’î, qui lui donnent pour nom Banjalus (3). D’autres encore ont dit que c’était le nom d’une vallée se trouvant près de leur caverne ou celui d’un village situé dans cette région. Dieu sait mieux.
Chou‘ayb al-Jaba’î rapporte que leur chien s’appelait Hamrân. Le fait que les juifs aient porté un grand intérêt à leur histoire et en aient eu connaissance indique que leur époque est antérieure à celle mentionnée par certains exégètes, qui avancent qu’ils seraient venus après le Messie et qu’ils auraient été chrétiens. Le contexte laisse plutôt penser que leur peuple était polythéiste et adorait des idoles. De nombreux exégètes (4), historiens et autres rapportent qu’ils vécurent sous le règne d’un certain roi appelé Daqyânus, et qu’ils étaient fils de notables, voire de rois selon d’autres sources. Ils se réunirent un jour de fête de leur peuple, et virent ce que faisaient leurs gens : se prosterner devant les idoles et vénérer les statues. Ils les observèrent avec lucidité, Dieu ayant retiré de leurs cœurs le voile de l’insouciance et les ayant guidés vers la vérité. Ils réalisèrent alors que leur peuple n’était en rien sur la bonne voie, ils se détachèrent donc de la religion de ce dernier et choisirent d’adorer Dieu, l’Unique sans associé.
On dit que chacun d’eux, au moment où Dieu lui insuffla la connaissance de l’Unicité, s’isola des gens. Puis, ces jeunes hommes se retrouvèrent ensemble au même endroit. Comme le rapporte Al-Bukhârî (5) : « Les âmes sont des troupes rangées ; celles qui se reconnaissent s’unissent, et celles qui se méconnaissent se séparent. » Chacun confia alors à l’autre ce qui l’animait, et ils décidèrent, d’un commun accord, de s’éloigner de leur peuple, de se désolidariser d’eux, de quitter leur milieu et de fuir pour préserver leur foi. C’est là la conduite à tenir en période de troubles et lorsque prédominent le mal et la perversion.
Dieu — exalté soit-Il — dit : « Nous allons te narrer leur histoire en toute vérité ; ce sont des jeunes gens qui ont cru en leur Seigneur, et Nous avons accru leur guidée. Et Nous avons affermi leurs cœurs lorsqu’ils se levèrent pour dire : “Notre Seigneur est le Seigneur des cieux et de la terre. Jamais nous n’invoquerons d’autre divinité que Lui ; sinon, nous aurions proféré un grave sacrilège. Voici notre peuple qui s’est donné, en dehors de Lui, des divinités ; s’ils leur apportaient une preuve évidente...” » [Al-Kahf : 13-14], c’est-à-dire un argument clair justifiant la voie qu’ils avaient prise (6).