Au début du mois de Rabî‘ al-Âkhir, Jamâl al-Dîn Âqouch, lieutenant (nâ’ib) d’al-Karak, arriva d’Égypte en route pour Tripoli, où il fut nommé à la place de Qarâtây (1), décédé.
Au cours de Jumâdâ al-Ûlâ, le cadi Shihâb al-Dîn Ibn al-Majd ‘Abd Allâh fut convoqué à la Dâr al-Sa‘âda. Il obtint alors la fonction d’agent de la Bayt al-Mâl en remplacement d’Ibn al-Qalânasî, et son acte de nomination à ce poste lui parvint d’Égypte. Les gens le félicitèrent (2).
Durant la même période, l’émir Najm al-Dîn Ibn al-Zaybaq fut sollicité depuis la province de Naplouse pour occuper la fonction de « shadd al-dawâwîn » (surveillance des bureaux) à Damas, [poste qui était vacant depuis plusieurs mois à la suite du départ d’Ibn al-Khashshâb] (3).
En Ramadân, le shaykh Badr al-Dîn Abû al-Yusr Ibn al-Sâ‘i‘ (4) prononça le prêche à Jérusalem, en remplacement de Zayn al-Dîn Ibn Jamâ‘a, lequel avait renoncé à cette charge pour retourner dans sa ville d’origine.
L’affaire du cadi Ibn Jumla (5) : vers les dix derniers jours de Ramadân, un conflit éclata entre le cadi Ibn Jumla et le shaykh al-Zahîr, responsable auprès du malik al-umará (l’émir en chef) — lequel avait d’ailleurs été l’intermédiaire dans la nomination d’Ibn Jumla à son poste. Une rivalité et des altercations (6) survinrent entre eux à propos d’affaires concernant le dâdâr (intendant) cité plus haut, Nâsir al-Dîn. Chacun prêta serment en contredisant l’autre, puis ils se séparèrent en sortant de la Dâr al-Sa‘âda, située dans la mosquée.
Lorsque le cadi regagna sa demeure à la madrasa al-‘Âdiliyya, le shaykh al-Zahîr lui adressa un message, l’enjoignant de statuer dans l’intérêt général, selon le décret du lieutenant (al-nâ’ib). Il semble toutefois qu’il s’agissait d’un piège dissimulé, présenté comme un appui officiel au cadi contre l’accusé. Sur un coup de tête, le cadi procéda alors à une punition (ta‘zîr) devant lui. Une fois le shaykh sorti, les aides d’Ibn Jumla le saisirent, le promenèrent à travers la ville sur un âne le mercredi 27 Ramadân, tout en le frappant durement. Ils proclamèrent à son sujet : « Voilà le châtiment de quiconque ment et se dresse contre la loi religieuse. » Les habitants furent attristés de cette scène, d’autant qu’elle se déroulait pendant le jeûne, en ces dix derniers jours de Ramadân, un 27e jour où l’homme, déjà âgé, jeûnait.
On rapporte qu’il aurait reçu ce jour-là deux mille cent soixante et onze coups de bâton (Dieu le sait mieux que quiconque). À la tombée du jour, on chercha alors à obtenir une fatwâ contre le cadi énoncé, et on sollicita l’avis des shuyûkh à ce sujet, conformément au décret du lieutenant. Puis, le 29 Ramadân, le lieutenant de l’autorité (nâ’ib al-saltana) convoqua à la Dâr al-Sa‘âda une assemblée solennelle réunissant les juges et les principaux muftis.