Le courrier arriva le quatrième jour de Ramadân, portant la nomination de l’imam Muḥyiddîn Ibn Jahbal (1) comme juge de Tripoli, et celui-ci s’y rendit. Ibn al-Majd ʿAbd Allâh (2) assura l’enseignement à al-Rawâḥiyya à la place de l’Aṣbahânî, resté en Égypte. À la fin de Ramadân, on libéra al-Ṣâḥib ʿAlâ’ al-Dîn et son frère Shams al-Dîn Mûsâ ibn al-Tâj Isḥâq, après un an et demi d’emprisonnement (3).
Le convoi syrien partit le jeudi 10 Shawwâl, sous la direction de l’émir Badr al-Dîn ibn Maʿbad ; le juge en était ʿAlâ’ al-Dîn ibn Manṣûr, enseignant du rite ḥanafite à l’école Tankiz de Jérusalem. Parmi les pèlerins figurèrent Ṣadr al-Dîn al-Mâlikî, Shihâb al-Dîn al-Ẓuhayrî, Muḥyiddîn ibn al-Aʿqaf et d’autres. Le dimanche 13 du même mois, Ibn Jumla donna cours à l’Atâbakiyya à la place d’Ibn Jahbal, qui avait été nommé juge de Tripoli (4). Le dimanche 20, le cadi Shams al-Dîn Muḥammad ibn Kâmil al-Tadmurî (5)—qui officiait comme prédicateur d’al-Khalîl à Damas en remplacement d’Ibn Jumla—rendit un jugement ; le peuple se réjouit de sa piété et de sa vertu.
En Dhû al-Qaʿda, Tankiz fit arrêter son dawâdâr, Nâṣir al-Dîn Muḥammad, qui occupait une place éminente auprès de lui. Il le fit durement battre en sa présence, lui soutira de grandes sommes d’argent, puis le jeta en prison dans la citadelle et l’exila à Jérusalem. Plusieurs de ses proches furent également frappés ; parmi eux, ʿAlâ’ al-Dîn ibn Muqallad, majordome (ḥâjib) des Arabes, dont on sectionna la langue à deux reprises et qui en mourut. L’État se trouva bouleversé, un autre pouvoir s’établit, dont le premier soutien auprès de Tankiz fut Ḥamza, son compagnon et confident durant cette période récente ; la faveur fut ainsi retirée au dawâdâr Nâṣir al-Dîn, à ses proches et à ses partisans.
Le mardi 28 Dhû al-Qaʿda, on installa sur la Kaʿba une nouvelle porte envoyée par le sultan, faite de bois de sennot rouge, semblable à de l’ébène, et ornée de plaques d’argent totalisant trente-cinq mille trois cents unités et un peu plus. L’ancienne porte, en teck, fut démontée : elle était elle-même couverte de plaques remises aux Banû Shayba, d’un poids total de soixante rôtls ; ils les vendirent au double de la valeur du dirham sous prétexte de bénédiction. C’était une erreur, car cela relève de l’usure (ribâ). Ils auraient dû vendre ces plaques en or pour éviter l’usure. Le bois de l’ancienne porte fut laissé à l’intérieur de la Kaʿba et portait le nom du seigneur du Yémen sur les deux panneaux, en une seule ligne (7).