Muhammad (1) Ibn Qayyim al-Jawziyya était lui aussi emprisonné à la citadelle, quelques jours après l’incarcération du cheikh Taqî al-Dîn, au mois de Shaʿbân de l’an vingt-six, et cela perdura jusqu’à maintenant. La nouvelle parvint alors que le sultan avait relâché al-Jâwulî (2), l’émir Faraj ibn Qarasankir (3) et Lâjîn al-Mansûrî (4). On les fit comparaître devant lui après la fête et il les combla d’honneurs.
Pendant ce même temps, on apprit la mort du grand émir Jûbân (5), qui était le lieutenant du sultan Abû Saʿîd dans ces contrées, ainsi que le décès de Qarasankir al-Mansûrî (6). Tous deux moururent au mois de Dhû al-Qaʿda de cette année. Jûbân est celui qui fit conduire le canal jusqu’à la Mosquée sacrée (7) [et y dépensa d’immenses sommes d’argent (8)]. Il possède un mausolée (turba) dans la noble cité de Médine et une école fameuse ; il a laissé de belles œuvres derrière lui et se distinguait par une grande détermination. Il administra les royaumes à l’époque d’Abû Saʿîd pendant longtemps, avec clairvoyance. Puis Abû Saʿîd voulut l’arrêter, mais il en réchappa, comme nous l’avons rapporté. Ensuite, Abû Saʿîd tua son fils Khâwjâ Dimashq l’année précédente, ce qui poussa son autre fils, Tâmurtâsh, à fuir auprès du sultan d’Égypte, qui l’accueillit durant un mois. Des missives furent échangées entre les deux souverains en vue de le faire exécuter. Le sultan d’Égypte le fit donc mettre à mort, dit-on, et envoya sa tête, après quoi son père mourut peu de temps plus tard. Dieu connaît mieux les secrets (9).
Quant à Qarasankir al-Mansûrî, il faisait partie des grands émirs d’Égypte et de Syrie. Il fut l’un de ceux qui [participèrent à] (10) l’assassinat d’al-Ashraf Khalîl ibn al-Mansûr, comme cela a déjà été évoqué. Puis il gouverna l’Égypte un temps, avant d’occuper le poste de vice-roi à Damas, puis à Alep. Il s’enfuit ensuite vers les Tatars avec al-Afram et al-Zardakâshî. Le souverain tatar Khurbandâ les accueillit, les honora et leur octroya de vastes territoires. Qarasankir épousa la fille de Hûlâgû. Il mourut durant cette même année à Marâgha (11), la ville dont il avait la charge, à l’âge d’environ quatre-vingt-dix ans. Dieu sait mieux ce qu’il en est.