Ils passèrent par al-‘Imādiyya en direction de la grande al-‘Adiliyya, puis ils bifurquèrent vers le troisième des Nâṭifâniyyîn, car la ruelle de Bâb al-Barîd avait été démolie pour être réparée. Ils entrèrent alors avec le cortège funèbre dans la mosquée des Omeyyades, et les foules s’étaient massées devant la dépouille, derrière elle, à sa droite et à sa gauche, si nombreuses que Dieu seul peut en connaître le nombre. Un homme cria alors : « Voilà comment sont les funérailles des imams de la Sunna ! » À ces mots, les gens se mirent à sangloter et à se lamenter. On déposa le shaykh à l’endroit réservé aux funérailles, près de la maqṣûra, et la multitude, tant elle était dense et compacte, s’assit hors des rangs habituels, serrée les uns contre les autres au point que personne ne pouvait se prosterner qu’avec difficulté.
On circula dans l’enceinte de la mosquée comme dans les ruelles et les marchés, et ce fut peu avant l’appel à la prière du ẓuhr. Les gens affluèrent de tous côtés (1), et certains envisagèrent même de jeûner, faute de pouvoir se libérer pour manger ou boire en ce jour. Le nombre de fidèles était si considérable qu’on ne pouvait ni l’évaluer ni le décrire. Lorsque l’appel à la prière du ẓuhr fut accompli, on établit la prière aussitôt depuis la sadda, contrairement à l’usage. Une fois la prière terminée, l’adjoint du prédicateur (en l’absence de ce dernier, parti en Égypte) sortit et dirigea la prière funéraire : c’était le shaykh ‘Alâ’ ad-Dîn al-Kharrâṭ. Puis, aussitôt après, tout le monde sortit par les différentes portes de la mosquée et de la ville – comme déjà mentionné – pour se rassembler au Sûq al-Khayl. Certains, après avoir prié dans la mosquée, se rendirent directement aux tombes soufies. Les gens pleuraient et récitaient d’une voix basse la formule du tahlîl, chacun pour lui-même, tout en rendant hommage au défunt et en se désoleant.
Quant aux femmes, elles se tenaient sur les toits depuis cet endroit jusqu’au cimetière, en pleurs et en prières, répétant : « Voici l’homme de science. » En somme, ce fut un jour mémorable, dont il n’existe pas d’équivalent à Damas, excepté peut-être à l’époque omeyyade, lorsque la ville était foisonnante de monde et qu’elle abritait le siège du califat. Il fut inhumé près de son frère, peu avant l’appel à la prière de l’après-midi, à l’heure exacte. Nul ne pouvait estimer combien de personnes assistèrent aux funérailles. On peut seulement avancer qu’il y avait presque toute la population de la ville et de ses alentours, sauf de rares enfants et des femmes enfermées dans leurs demeures. Je ne connais d’ailleurs pour ainsi dire aucun savant qui ne se soit présenté, hormis quelques individus en très petit nombre :
[Ils étaient trois : Ibn Jumlata, aṣ-Ṣadr et al-Qaḥfâzî. Ces derniers lui étaient notoirement hostiles, si bien qu’ils se dissimulèrent par crainte pour leur propre vie, persuadés qu’en paraissant en public, ils risquaient la mort ou d’être malmenés par la foule] (4).
Pendant trois jours, notre shaykh, l’imam, le savant Burhân ad-Dîn al-Fazârî, se rendit régulièrement sur sa tombe, tout comme plusieurs membres éminents des savants shaféites. Il venait à dos d’âne, empreint d’une solennité et d’une dignité remarquables. De nombreuses lectures complètes (khatmât) du Coran furent organisées en faveur du défunt, et l’on rapporta des songes prodigieux (5) qui témoignaient de sa grâce. De nombreux poèmes de lamentation et de longs panégyriques (6) furent composés en son honneur. On multiplia les textes biographiques à son sujet, et plusieurs hommes de lettres ou d’autres horizons entreprirent d’écrire à son propos. Je m’emploierai, pour ma part, à en faire un résumé.