Il fut emporté au cimetière des soufis et inhumé aux côtés de son frère, Sharaf ad-Dîn ‘Abd Allâh – qu’Allâh leur fasse miséricorde à tous deux. Son enterrement eut lieu peu avant la prière de l’après-midi (ʿAsr), en raison de la grande foule venue prier pour lui : gens des vergers, de la Ghouta, des villages alentour et d’autres encore. La population ferma ses boutiques, et nul ne s’absenta sauf ceux qui en étaient véritablement empêchés ; mais même ceux-là invoquaient la miséricorde d’Allâh en sa faveur et affirmaient que, s’ils l’avaient pu, ils n’auraient pas manqué de venir. De nombreuses femmes assistèrent aux funérailles, estimées à quinze mille, sans compter celles qui se tenaient sur les toits et ailleurs ; toutes priaient pour lui et pleuraient sa disparition, selon ce qui fut rapporté. Quant aux hommes, leur nombre fut évalué entre soixante mille et cent mille, voire plus, jusqu’à deux cents mille. Certains burent l’eau restante de sa toilette funéraire, et d’autres se partagèrent le reste de feuilles de jujubier (sidr) utilisées pour le laver. Un homme paya cent cinquante dirhams pour le fil imprégné de mercure qu’il portait au cou contre les poux, et l’on dit que la calotte (tâqiyya) qu’il avait sur la tête fut vendue cinq cents dirhams. Dans le cortège funéraire régnaient lamentations, pleurs et implorations ; de nombreuses lectures du Coran furent achevées pour lui à aṣ-Ṣāliḥiyya et en ville, et les gens rendirent visite à sa tombe des jours durant, de nuit comme de jour, y passant la nuit et y revenant le matin. On raconta à son sujet nombre de songes pieux, et plusieurs poètes le pleurèrent dans de nombreuses élégies.
Il naquit un lundi, le 10 Rabîʿ al-Awwal de l’an 661 H, à Harrân, et parvint à Damas en bas âge avec son père et sa famille. Il y étudia le hadith auprès de Ibn ʿAbd ad-Dâʾim, Ibn Abî l-Yusr, Ibn ʿAbdân, le shaykh Shams ad-Dîn al-Ḥanbalî, le shaykh Shams ad-Dîn Ibn ʿAtâʾ al-Ḥanafî, le shaykh Jamâl ad-Dîn Ibn aṣ-Ṣayrafî, Majd ad-Dîn Ibn ʿAsâkir, le shaykh Jamâl ad-Dîn al-Baghdâdî, an-Najîb Ibn al-Miqdâd, Ibn Abî l-Khayr, Ibn ʿAllân, Ibn Abî Bakr al-Harawî, al-Kamâl ʿAbd ar-Raḥîm, al-Fakh*r ʿAlî, Ibn Shaybân, ash-Sharaf Ibn al-Qawwâs, Zaynab bint Makkî et beaucoup d’autres encore : de tous, il entendit des récits de hadith, lut de nombreux ouvrages de sa propre main et s’appliqua à l’apprentissage et à la transmission pendant des années. Rares étaient les textes qu’il entendait sans les mémoriser aussitôt. Il se consacra ensuite à l’étude des sciences religieuses et se montra fort doué, sa mémoire étant considérable. Il devint ainsi un éminent spécialiste de l’exégèse (tafsîr) et de tout ce qui s’y rapporte, tout en étant versé dans le fiqh : on allait même jusqu’à dire qu’il connaissait mieux le fiqh des quatre écoles que leurs propres représentants, qu’ils soient contemporains ou non. Il était familier des divergences d’opinion entre savants, connaissait à la fois les fondements (uṣûl) et les ramifications (furûʿ) de la jurisprudence, de même que la grammaire (naḥw), la langue et divers autres domaines tant transmis (naqlî) que rationnels (ʿaqlî).
Nulle assemblée ne se tenait où l’on ne le voyait exceller, et nul homme d’érudition ne discutait avec lui d’un domaine sans avoir l’impression que ce domaine même était le sien, tant il semblait en détenir la maîtrise et la profondeur. Quant au hadith, il en était utilement le porte-étendard : il en retenait le texte et la chaîne de transmission, discernait le valide du défectueux, connaissait l’état des rapporteurs et s’y montrait des plus compétents. Il laissa de nombreux ouvrages et annotations précieuses traitant des fondements comme des branches de la loi ; certains sont complets, recopiés et lus en sa présence ou en partie, tandis qu’une grande partie resta inachevée ou achevée mais non mise au propre jusqu’à ce jour.