Il demeura donc là-bas, et Qutb al-Dîn, fils de Shaykh al-Salâmiyya, assuma comme à son habitude la responsabilité de la supervision de l’armée à Damas. Au mois de Shawwâl, on conféra un habit d’honneur à Amîn al-Mulk dans les territoires égyptiens, et il fut nommé à la tête du contrôle des dîwâns, charge qu’il exerça pendant un mois et deux jours avant d’en être relevé.
[Mention du décès du Shaykh Taqî al-Dîn Ibn Taymiyya]
Le shaykh ‘Alam al-Dîn al-Barzalî rapporte dans son Histoire :
« La nuit du lundi 20 Dhû al-Qa‘da, le shaykh, l’imâm, le grand savant, le juriste, le mémorisateur (hâfiẓ), l’ascète, l’exemple à suivre, Shaykh al-Islâm Taqî al-Dîn Abû al-‘Abbâs Aḥmad, fils de notre shaykh, l’imâm, le grand savant muftî Shihâb al-Dîn Abû al-Maḥâsin ‘Abd al-Ḥalîm, fils du shaykh, l’imâm, Shaykh al-Islâm Abû al-Barakât ‘Abd al-Salâm ibn ‘Abd Allâh ibn Abî al-Qâsim Muḥammad ibn Taymiyya al-Ḥarrânî, puis al-Dimashqî, est décédé à la Citadelle de Damas, dans la salle où il était détenu. Une foule nombreuse se rendit à la Citadelle, et on les autorisa à entrer pour le voir. Certains s’assirent auprès de lui avant la toilette rituelle (ghusl), récitèrent le Coran et recherchèrent la bénédiction en le contemplant et en l’embrassant, puis ils se retirèrent. Ensuite, un groupe de femmes fit de même, puis se retira à son tour, et l’on se contenta de laisser auprès de lui ceux qui allaient accomplir la toilette mortuaire.
Lorsque ce fut terminé, on le sortit (1) alors que la foule s’était massée à la Citadelle et tout au long de la route jusqu’à la Grande Mosquée de Damas, qui était elle-même pleine, de même que sa cour, ainsi que la Kallâsa, Bâb al-Barîd, Bâb al-Sâ‘ât, jusqu’à Bâb al-Labbâdîn et al-Fawwâra. La dépouille arriva vers la quatrième heure du jour, ou un peu plus, et on la déposa dans la Grande Mosquée. Les soldats (2) l’entourèrent pour la protéger en raison de l’immense cohue. On pria d’abord sur lui à la Citadelle, sous la direction de shaykh Muḥammad ibn Tammâm (3). Puis on pria de nouveau sur lui à la mosquée des Omeyyades, juste après la prière de midi. La foule fut encore plus importante qu’auparavant, puis augmenta à tel point que l’esplanade, les ruelles et les marchés étaient bondés.
Quand on en eut fini avec la prière, le cercueil fut porté à bout de bras et de doigts, et il sortit par Bâb al-Barîd. La cohue était si grande que les pleurs, le sanglot, les marques de pitié et les invocations en sa faveur s’élevèrent de toutes parts. Les gens jetaient sur son cercueil leurs mouchoirs, leurs turbans et leurs vêtements. Beaucoup perdirent leurs sandales, leurs sabots, leurs mouchoirs ou leurs turbans, sans même s’en soucier, tant ils étaient occupés à suivre la dépouille. Parfois, le cercueil avançait, parfois il reculait, parfois il s’immobilisait pour laisser la foule passer. Les gens sortirent de la Grande Mosquée par toutes ses portes, toutes prises d’assaut, les unes plus encombrées que les autres. Ensuite, ils gagnèrent les portes de la ville, elles aussi submergées par la multitude.
Cependant, l’essentiel de la cohue se concentra aux quatre portes suivantes : Bâb al-Faraj, par où le cortège funèbre sortit, Bâb al-Farâdîs, Bâb al-Naṣr et Bâb al-Jâbiya. La scène devint particulièrement impressionnante sur le marché aux chevaux, où la foule s’intensifia encore. Là, on déposa le cercueil, et son frère, Zayn al-Dîn ‘Abd al-Raḥmân, avança pour y diriger la prière. Lorsqu’on l’eut terminée, on reprit le transport du corps… »