S’il est dit : « Comment le hadith, reconnu à l’unanimité, atteste-t-il qu’ils servent de rançon pour les croyants le Jour de la Résurrection, alors qu’ils seraient voués au Feu bien qu’aucun messager ne leur ait été envoyé ? Or, Dieu le Très-Haut a dit : “Et Nous ne punissons [un peuple] que lorsque Nous [lui] avons envoyé un Messager” (Al-Isrā’ : 15). »
La réponse est qu’ils ne sont châtiés qu’après l’établissement de la preuve contre eux et la levée de toute excuse à leur égard, comme Dieu le Très-Haut l’a dit : « Et Nous ne punissons [un peuple] que lorsque Nous [lui] avons envoyé un Messager. »
(1) Ainsi, s’ils vivaient à l’époque antérieure à la mission de Muḥammad (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) et qu’ils avaient reçu des messagers issus d’entre eux, la preuve s’était alors établie contre eux. Si, au contraire, Dieu ne leur avait pas dépêché de messagers, ils relèvent du statut des “gens de la période intermédiaire”, c’est-à-dire de ceux à qui l’appel ne parvint pas. Le hadith rapporté par plusieurs voies, d’après un groupe de Compagnons du Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui), indique qu’en un tel cas, ils seront mis à l’épreuve dans les plaines du Jour de la Résurrection : quiconque répondra à l’appel entrera au Paradis, et quiconque le refusera entrera en Enfer. Nous avons mentionné ce hadith avec ses diverses chaînes de transmission, ses formulations et les commentaires des imams à son sujet, lors de l’exégèse du verset : « Et Nous ne punissons [un peuple] que lorsque Nous [lui] avons envoyé un Messager. »
L’imam Abū l-Ḥasan al-Ashʿarī a rapporté que les Gens de la Sunna et du Groupe (Ahl as-Sunna wa-l-Jamāʿa) s’accordent sur ce point. Le fait qu’ils soient éprouvés ne garantit pas leur salut et ne va pas non plus à l’encontre de la nouvelle selon laquelle ils feront partie des hôtes du Feu, car Dieu révèle à Son Messager (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) ce qu’Il veut des réalités cachées. Il lui a fait savoir que ces gens-là font partie des damnés, et que leurs penchants intérieurs refusent la vérité et s’y soustraient : ils ne répondront donc pas à l’appel, et ce jusqu’au Jour de la Résurrection. On en déduit qu’ils auraient été encore plus enclins à rejeter la vérité dans la vie d’ici-bas si elle leur était parvenue, étant donné que, dans les plaines du Jour de la Résurrection, certains de ceux qui la reniaient en ce monde finiront par s’y soumettre. Or le fait de croire en ce jour, en constatant les redoutables événements qui s’y produisent, serait a priori plus évident et plus pressant que dans la vie terrestre. Dieu est plus savant.
C’est ainsi que Dieu le Très-Haut a dit : « Si seulement tu pouvais voir les criminels la tête courbée devant leur Seigneur : “Ô notre Seigneur, nous avons vu et entendu ; renvoie-nous [sur terre], afin que nous agissions avec droiture, car nous sommes désormais convaincus.” » (as-Sajda : 12). Il a également dit : « Comme ils écouteront et comme ils verront, le Jour où ils viendront à Nous ! » (Maryam : 38). Quant au hadith selon lequel le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) les aurait appelés dans la nuit de l’Isrā’ sans qu’ils ne répondent, il est réprouvé, voire fabriqué, et remonte à ʿUmar ibn aṣ-Ṣabḥ.
Pour ce qui est du “barrage” (as-sadd), nous avons déjà indiqué que Dhū l-Qarnayn l’érigea avec du fer et du cuivre, en alignant sa hauteur sur celle des monts massifs et élevés. Nulle autre construction sur terre n’est plus grandiose ni plus utile pour les gens dans leurs affaires de ce monde.
Al-Bukhārī rapporte la parole suivante : « Un homme dit au Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) : “J’ai vu ce barrage.” Le Prophète demanda : “Comment l’as-tu vu ?” Il répondit : “Comme un tissu orné de motifs.” Le Prophète dit alors : “C’est bien ainsi que tu l’as vu.” » Al-Bukhārī l’a rapporté sous forme de récit suspendu, en l’affirmant avec certitude. Je n’en ai pas trouvé de chaîne de transmission complète et satisfaisante, hormis ce qu’en a mentionné Ibn Jarīr.