Au cours de cette même année, Shihâb ad-Dîn Ibn Marri al-Ba‘labakkî fut interdit de s’adresser au public en Égypte selon la méthode du shaykh Taqî ad-Dîn Ibn Taymiyya. Le juge mâlikite lui infligea une peine disciplinaire à propos de la question de l’« istighâtha » (le fait d’implorer le secours). Il fut ensuite présenté devant le sultan ; plusieurs émirs firent alors son éloge. Il fut toutefois exilé, avec sa famille, vers la Syrie, où il s’installa d’abord dans le pays d’al-Khalîl, puis se retira vers les contrées orientales, demeurant à Sinjâr et Mardin où il poursuivit ses prédications et ses exhortations jusqu’à sa mort – qu’Allâh lui fasse miséricorde –, comme nous le relaterons.
En Rabî‘ ath-Thânî, le vice-roi de Syrie revint d’Égypte, honoré par le sultan et les émirs.
En Jumâdâ al-Ûlâ, une pluie sans précédent s’abattit sur l’Égypte, si bien que le Nil monta de quatre doigts et resta troublé plusieurs jours.
Durant ce même mois, le Tigre déborda à Bagdad, inondant les environs ; la population y demeura confinée six jours, les portes de la cité restant closes, et la ville devint pareille à un navire au milieu de la mer. Nombre de cultivateurs et d’autres personnes périrent noyés, et les pertes subies ne sont connues que d’Allâh. Les habitants se firent leurs adieux, se réfugièrent auprès d’Allâh – Exalté soit-Il –, et portèrent les exemplaires du Coran sur leurs têtes dans la halle du marché, depuis les simples citoyens jusqu’aux juges et notables. La scène fut impressionnante. Puis Allâh leur accorda Sa grâce : les eaux baissèrent progressivement. Les gens reprirent alors leurs occupations, licites comme illicites. Certains rapportèrent qu’environ six mille six cents maisons furent englouties sur la rive occidentale, et que dix ans seraient nécessaires pour que les zones sinistrées redeviennent comme auparavant.
Au début de Jumâdâ ath-Thâniya, le sultan inaugura la khânqâh de Siryâqûs qu’il avait fondée ; il y conduisit un canal et bâtit alentour un quartier. Le sultan s’y rendit, accompagné des qâdîs, des notables, des émirs et d’autres dignitaires. Il en confia la direction à Majd ad-Dîn al-Aqṣarâ’î. Le sultan y offrit un grand festin, puis écouta, en présence de la cour – où se trouvaient notamment Arghûn, le vice-roi, et le shaykh des shuyûkh al-Qûnawî –, la lecture de vingt hadiths par le qâdî al-qudât Ibn Jamâ‘a, récités par son fils ‘Izz ad-Dîn. Une robe d’honneur fut remise au lecteur ‘Izz ad-Dîn, qu’on loua abondamment avant de l’installer avec distinction. Des robes furent également offertes à son père Ibn Jamâ‘a, au juge mâlikite, au shaykh des shuyûkh, à Majd ad-Dîn al-Aqṣarâ’î – supérieur de la khânqâh – ainsi qu’à d’autres personnalités.