à l’émir Muḥammad Ḥusaynāh un gobelet contenant du vin afin qu’il le boive. Celui-ci refusa avec la plus grande fermeté. L’émir Jūbān insista et jura, mais Ḥusaynāh rejeta de nouveau sa demande avec détermination. L’émir lui dit alors : « Si tu ne le bois pas, je t’imposerai de payer trente tomans. » Il répondit : « Oui, je les paierai, mais je ne le boirai pas. » L’émir fit alors rédiger un acte l’obligeant à verser cette somme. Ḥusaynāh quitta sa présence pour se rendre chez un autre émir, nommé Biktī, afin de lui emprunter ces trente tomans. Biktī refusa de les lui prêter sans bénéficier d’un profit de dix tomans. Ils se mirent donc d’accord sur ce point.
Biktī envoya ensuite un message à Jūbān, lui disant : « L’argent que Ḥusaynāh demande se trouve auprès de moi. Si tu le veux, je le verserai au trésor royal ; et si tu le veux, je le distribuerai à l’armée. » Alors Jūbān convoqua Muḥammad Ḥusaynāh et le fit venir. Il lui dit : « Tu vas débourser quarante tomans et tu ne boiras pas un seul gobelet de vin ? » Il répondit : « Oui. » Cela plut à Jūbān qui déchira l’acte rédigé contre lui. Ḥusaynāh gagna ainsi sa faveur et fut chargé de tous ses affaires ; il fut investi de hautes fonctions (1). [Et il arriva à Jūbān de se détourner de nombre de choses auxquelles il s’adonnait ; qu’Allah fasse miséricorde à Ḥusaynāh] (2).
La même année, il y eut des troubles à Iṣfahān, qui entraînèrent la mort de milliers de ses habitants. Les destructions s’y prolongèrent durant plusieurs mois.
Cette année-là, une famine extrême frappa Damas. Le prix de la « gharāra » atteignit deux cent vingt (unités), et les vivres se firent rares. Sans l’intervention de Dieu, qui permit à certains d’acheminer du blé depuis l’Égypte, la famine aurait empiré et fait périr un bien plus grand nombre de personnes. Cette situation se poursuivit plusieurs mois durant cette année et jusque dans le courant de l’année vingt-cinq, jusqu’à l’arrivée de nouvelles cargaisons de céréales et la baisse des prix, qu’Allah en soit loué (3).
Parmi les notables décédés cette année-là, on compte ceux qui moururent au début de Muḥarram : Badr al-Dīn Muḥammad (4) ibn Mamdūd (5) ibn Aḥmad al-Ḥanafī (6), juge à Qal‘at al-Rūm au Ḥijāz sacré. C’était un homme pieux, qui accomplît le pèlerinage à maintes reprises ; il lui arrivait de revêtir l’iḥrām à Qal‘at al-Rūm ou depuis (7) Bayt al-Maqdis (Jérusalem). On fit pour lui à Damas une prière funéraire en son absence.
Furent aussi concernés Sharaf al-Dīn ibn al-‘Izz et Sharaf al-Dīn ibn Najīḥ, compagnons du shaykh Taqī al-Dīn ibn Taymiyyah, qui moururent de la même façon évoquée précédemment. Ils furent gratifiés de cette bonne fin et rendirent l’âme juste après avoir accompli leur œuvre pieuse à l’issue du ḥajj (8).