Durant les mois de Chaʿbân et de Ramaḍân, le Nil connut en Égypte une crue d’une ampleur exceptionnelle ; on n’en avait pas vu de semblable depuis près d’un siècle, voire davantage. Il demeura sur les terres environ trois mois et demi, submergeant de nombreuses parcelles de canne à sucre ; toutefois, l’utilité qu’il apporta l’emporta sur les dégâts qu’il causa.
Le jeudi 18 Chaʿbân, le Qâḍî Jalâl ad-Dîn al-Qazwînî institua deux suppléants pour rendre la justice : Yûsuf ibn Ibrâhîm ibn Jumla al-Maḥjî aṣ-Ṣâliḥî – lequel accédera plus tard à la charge de juge, comme on le verra – et Muḥammad ibn ʿAlî ibn Ibrâhîm al-Miṣrî. Ce jour-là, ils siégèrent et prononcèrent leurs jugements à l’ʿÂdiliyya.
Le lendemain, un courrier arriva porteur du décret nommant le Shaykh Kamâl ad-Dîn ibn az-Zamalkânî comme Qâḍî d’Alep. Le vice-roi du sultanat le manda et s’entretint avec lui, mais il refusa. Après plusieurs démarches du vice-roi puis du sultan lui-même, un second courrier parvint le 12 Ramaḍân avalisant la nomination. Le shaykh se prépara donc pour le voyage et prit la route à l’aube du jeudi 14 Shawwâl. Il entra à Alep le mardi 26 du même mois, où il fut accueilli avec les plus grands honneurs. Il y enseigna et dispensa des sciences d’un niveau supérieur à celles que connaissait la région, conférant ainsi noblesse et prestige à ses habitants, tandis que les gens de Syrie s’attristaient de la perte de ses leçons raffinées et incomparables. Qu’il est beau, dès lors, le vers du poète Shams ad-Dîn Muḥammad al-Khayyâṭ, dans une longue qasîda qui commence ainsi :
« Damas la Parfumée s’est peinée de ton départ…
et Alep la Blanche s’est réjouie de ton arrivée. »
Le 12 Ramaḍân, Amîn al-Mulk fut révoqué du vizirat d’Égypte, et le ministère fut confié à l’émir ʿAlâʾ ad-Dîn Mughultây al-Jamâlî, grand maître de la Maison du Sultan.
Vers la fin de Ramaḍân, le dignitaire Shams ad-Dîn Ghabrîyâl fut mandé au Caire et reçut la charge de l’intendance des dîwâns à la place de Karîm ad-Dîn aṣ-Ṣaghîr. Ce dernier arriva à Damas en Shawwâl et s’installa à la Dâr al-ʿAdl du quartier des Qassâʿîn. Sayf ad-Dîn Qadîdâr fut alors nommé gouverneur de l’Égypte ; c’était un homme énergique, prompt à verser le sang : il renversa les jarres de vin, brûla le haschich et fit arrêter les contrevenants