Un courrier dépêché des contrées d’Égypte demanda que le prédicateur Jalâl ad-Dîn al-Qazwînî fût convoqué au Caire. Là, on lui notifia sa nomination à la charge de qâḍî (juge suprême) de la Syrie.
Ce même jour, on revêtit Taqiyy ad-Dîn Sulaymân ibn Marâjil de la robe d’investiture pour la surintendance de la Grande Mosquée, en remplacement de Badr ad-Dîn ibn al-Ḥaddâd, décédé. On retira simultanément à Ibn Marâjil la tutelle du petit bîmâristân, confiée dorénavant à Badr ad-Dîn ibn al-ʿAṭṭâr.
Dans la nuit du jeudi correspondant au quinzième de Jumâdâ al-Âkhirah, après la prière du ʿishâ’, eut lieu une éclipse de lune. Le khatîb accomplit alors la prière de l’éclipse, récitant quatre sourates : Qâf, « L’Heure s’est approchée » (Iqtarabat), Al-Wâqiʿah et Al-Qiyâmah. Il célébra ensuite la prière du ʿishâ’ puis prononça un sermon, avant de diriger la prière du subḥ à l’aube.
Sitôt cela fait, il monta en hâte sur le courrier à destination de l’Égypte, où Allah lui accorda la faveur d’être agréé par le sultan, lequel lui confirma quelques jours plus tard la magistrature. Il repartit alors vers la Syrie et entra à Damas le 5 Rajab, cumulant les fonctions de juge, de prédicateur et d’enseignant aux madrasas al-ʿÂdiliyya et al-Ghazâliyya. Toutes ces charges furent mises à son actif. On lui retira toutefois la madrasa al-Amîniyya, dont l’enseignement fut confié à Jamâl ad-Dîn ibn al-Qalânsî, en même temps que l’agence du Bayt al-Mâl. On adjoignit encore à Jalâl ad-Dîn la juridiction militaire, si bien qu’on le salua désormais du titre de « Qâḍî al-Quḍât » (Chef des juges) Jalâl ad-Dîn al-Qazwînî.
À la madrasa al-Masrûriyya, le shaykh Kamâl ad-Dîn ibn az-Zamalkânî assura l’enseignement en remplacement du khatîb, Qâḍî al-Quḍât Jalâl ad-Dîn.
Durant la même année, le roi du Takrûr arriva au Caire pour accomplir le pèlerinage, le 25 Rajab. Il s’installa dans la Qarâfa, accompagné d’environ vingt mille Maghrébins et serviteurs, et d’une grande quantité d’or, au point que le prix du métal baissa de deux dirhams. On le nomme al-Malik al-Ashraf Mûsâ ibn Abî Bakr, jeune homme de belle prestance, régnant sur un territoire si vaste qu’il faut trois années de marche pour le traverser ; l’on rapporte qu’il a sous son autorité vingt-quatre rois, chacun à la tête de ses troupes.
Lorsqu’il entra dans la Citadelle du Muqaṭṭam pour saluer le sultan, on lui ordonna de baiser le sol ; il s’y refusa. Le sultan l’honora néanmoins, sans lui permettre de s’asseoir, jusqu’à ce qu’il se retirât. On lui offrit alors un cheval gris pommelé, muni de deux selles de brocart jaune, ainsi que des chamelles de race et maints équipements dignes de son rang. De son côté, il envoya au sultan de somptueux présents, dont quarante mille dinars, et au vice-roi près de dix mille dinars, outre de nombreuses autres offrandes.