À la fin du mois de Shaʿbân, l’émir ʿAlam ad-Dîn al-Jâwlî, vice-gouverneur de Gaza, fut arrêté et transféré à Alexandrie, parce qu’on l’accusait de vouloir gagner les régions du Yémen. Ses biens mobiliers et immobiliers furent placés sous séquestre. Cet homme était pourtant connu pour sa piété, sa générosité et les waqf qu’il avait institués ; il avait d’ailleurs fait bâtir à Gaza une fort belle et agréable mosquée.
Au cours de ce même mois, le roi des Tatars, Abû Saʿîd, fit répandre le vin et abolit les tavernes. Il manifesta la justice et la bienfaisance envers ses administrés, car un froid intense puis une crue dévastatrice les avaient frappés ; ils se réfugièrent alors auprès d’Allah — exalté soit-Il —, L’implorèrent, et furent épargnés. Ils se repentirent, retournèrent à Lui et multiplièrent les bonnes œuvres par la suite.
Durant les dix premiers jours de Shawwâl, l’eau circula dans le canal al-Karîmî, qu’avait acheté Karîm ad-Dîn pour quarante-cinq mille (dinar) et qu’il dirigea, par un aqueduc, jusqu’à sa mosquée des Qubaybât. La population en tira profit et réconfort ; on y planta arbres et vergers. On aménagea en face de la mosquée, côté ouest, un grand bassin où hommes et bêtes pouvaient s’abreuver ; c’était un vaste réservoir assorti d’une salle d’ablutions, source de multiples bienfaits et de soulagements supplémentaires. Qu’Allah le récompense !
Le convoi (du Ḥajj) prit la route le onzième jour de Shawwâl, sous le commandement d’al-Malik Ṣalâḥ ad-Dîn ibn al-Awhad. Y prirent place : Zayn ad-Dîn Katbughâ, le ḥâjib ; Kamâl ad-Dîn az-Zamlakânî ; le qâḍî Shams ad-Dîn ibn al-ʿIzz ; le qâḍî de Ḥamâh, Sharaf ad-Dîn al-Bârzî ; Quṭb ad-Dîn, fils du shaykh de Salamiyya ; Badr ad-Dîn ibn al-ʿAṭṭâr ; ʿAlâʾ ad-Dîn ibn Ghânim ; et Nûr ad-Dîn as-Sakhâwî, qui était le juge du convoi. Du côté des Égyptiens se trouvaient : le qâḍî des ḥanafites Ibn al-Ḥarîrî, le qâḍî des ḥanbalites, Majd ad-Dîn Ḥaramî, ainsi que le sharaf ʿÎsâ al-Mâlikî, lui-même juge du convoi.
Au cours de ce même mois s’acheva la construction du hammam qu’avait édifié Aljîbughâ à l’ouest de la Dâr al-Maṭʿam, et le public put enfin en profiter.
Vers la fin de Dhû al-Ḥijja arriva à Damas, mandaté par le roi des Tatars, le khawâja Majd ad-Dîn Ismâʿîl ibn Muḥammad ibn Yâqût as-Salâmî. Il apportait avec lui des présents et des cadeaux destinés au souverain d’Égypte de la part du roi des Tatars. On répandit qu’il venait pour réconcilier les musulmans et les Tatars. Les troupes et les dignitaires sortirent à sa rencontre ; il séjourna un jour à la Dâr as-Saʿâda, puis se dirigea vers l’Égypte.
Cette année-là, la station à ʿArafât fut d’une ampleur inégalée : les fidèles y affluèrent de toutes les contrées de la terre. Les Irakiens, notamment, amenèrent de nombreux mahmal, parmi lesquels un palanquin dont l’ornement d’or et de perles fut estimé à un million de dinars égyptiens – chose véritablement étonnante.