Le vice-gouverneur d’Alep, Altanbughâ, se trouvait à la tête de l’expédition, aux côtés du vice-gouverneur de Tripoli, Shihâb ad-Dîn Qarataï (1). Ils pénétrèrent dans les territoires arméniens à partir d’Iskandarûn, s’emparèrent d’abord du port, puis de Tell Ḥamdân. Ils franchirent ensuite la rivière Jâhân où plusieurs d’entre eux se noyèrent, mais Allah leur accorda finalement la sauvegarde. Arrivés à Sis, ils l’assiégèrent, resserrèrent l’étau autour de ses habitants, incendièrent le palais royal situé dans la ville, abattirent les arbres des vergers et conduisirent devant eux bœufs, buffles et moutons. Ils agirent de même à Tarse : ils dévastèrent les hameaux et domaines, brûlèrent les récoltes, puis reprirent le chemin du retour, retraversant le fleuve précité sans perdre un seul homme.
De retour, ils expulsèrent Mihannâ et ses fils de leurs terres, le poursuivirent jusqu’à ‘Âna (2) et Ḥadîtha (3). Lorsque l’armée apprit la mort du seigneur de Sis et la prise de pouvoir de son fils, elle lança coup sur coup des raids contre ses territoires, les suivant de près, pillant et capturant. Au cours de la quatrième expédition toutefois, plusieurs hommes de leurs rangs furent tués.
Cette même année (4), une bataille d’envergure eut lieu au Maghreb entre les musulmans et les Francs ; Allah accorda la victoire aux musulmans : cinquante mille ennemis furent tués et cinq mille faits prisonniers. Au nombre des morts figuraient vingt-cinq rois francs. Le butin fut immense ; l’on rapporte qu’il comprenait, entre autres, soixante-dix quintaux d’or et d’argent. L’armée musulmane ne comptait ce jour-là que deux mille cinq cents cavaliers, sans compter les arquebusiers, et ne perdit que onze combattants. Pareille occurrence est des plus rares et des plus étonnantes (5).
Le jeudi 22 Rajab, un conseil se tint à Dâr as-Sa‘âda au sujet du shaykh Taqiyy ad-Dîn Ibn Taymiyyah, en présence du vice-sultan ; y assistaient les juges et muftis des différentes écoles. Le shaykh comparut ; on le blâma pour être revenu à son avis juridique sur la question du divorce. Puis il fut incarcéré à la Citadelle, où il demeura cinq mois et dix-huit jours, jusqu’à ce qu’un décret émanant du sultan ordonnât sa libération le lundi de ‘Âshûrâ’ de l’an vingt-et-un, comme il sera relaté, si Allah le veut (7).
Quatre jours plus tard, la charge d’intendant des waqfs fut ajoutée aux fonctions déjà exercées par l’émir ‘Alâ’ ad-Dîn ibn Sa‘d (8) – qui détenait la wilâya des œuvres de bienfaisance – et Badr ad-Dîn al-Mankursî fut relevé de cette intendance (9).