Al-Bâlissi (1) – Il naquit en 650 H à Bâlis (2) et étudia auprès des disciples d’Ibn Ṭabarzad. C’était un shaykh vénérable, au visage affable, d’une tenue irréprochable, que tout un chacun venait consulter. Il jouissait d’un grand prestige et l’on voyait sur lui les marques de la dévotion et de la piété.
[Il faisait partie de ceux qui, le jour où Ġhâzân arriva, accompagnaient le shaykh Taqî al-Dîn Ibn Taymiyya lorsque celui-ci s’entretint avec Ġhâzân. Il rapporta alors les paroles d’Ibn Taymiyya au souverain, ainsi que son courage et sa hardiesse à son égard. Il dit qu’Ibn Taymiyya s’adressa au traducteur en ces termes : « Dis au ḫân : Tu prétends être musulman ; tu as avec toi des muezzins, un qâḍî, un imâm et, d’après ce qui nous est parvenu, un shaykh. Mais pour quelle raison nous as-tu attaqués et as-tu pénétré dans nos contrées ? Ton père et ton grand-père Hulagu étaient mécréants, et ils n’envahirent jamais les terres de l’Islam ; au contraire, ils passèrent des pactes avec notre peuple. Quant à toi, tu as pactisé puis tu as trahi ; tu as promis, mais tu n’as pas tenu ! »
Il ajouta : « Il se produisit alors, entre Ibn Taymiyya d’une part et Ġhâzân, Quṭlūshāh et Būlây de l’autre, nombre d’événements et d’épreuves. Ibn Taymiyya, dans toutes ces circonstances, se tint pour Allāh, dit la vérité et ne craignit que Lui – Exalté soit-Il. »
Il poursuivit : « On présenta un repas à l’assemblée ; tous en mangèrent, sauf Ibn Taymiyya. On lui demanda : ‘Ne manges-tu donc pas ?’ Il répondit : ‘Comment pourrais-je manger de votre nourriture, alors qu’elle provient exclusivement du butin arraché aux moutons des gens, et que vous l’avez cuite avec le bois que vous leur avez coupé ?’ »
Il raconta encore : « Puis Ġhâzân lui demanda d’invoquer Allāh. Dans sa supplication, Ibn Taymiyya dit :
« Ô Allāh, si Ton serviteur Maḥmūd ne combat que pour que Ta parole soit la plus haute et que la religion Te revienne tout entière, alors accorde-lui la victoire, soutiens-le et donne-lui l’autorité sur les pays et sur les serviteurs. Mais s’il ne s’est levé que pour l’ostentation, la renommée, la recherche de ce bas-monde, afin que sa parole à lui soit la plus haute et pour avilir l’Islam et ses gens, alors abandonne-le, ébranle-le, anéantis-le et coupe sa racine. »
Ġhâzân ponctuait cette invocation en répondant « Âmîn » tout en levant les mains.
Le narrateur poursuit : « Nous rassemblions nos vêtements, craignant qu’ils ne soient tachés de son sang si l’ordre venait d’être donné de le mettre à mort. »
Il dit encore : « Lorsque nous sortîmes de chez lui, le qâḍî al-quḍât Najm al-Dîn Ibn Ṣaṣrâ et d’autres lui dirent : ‘Tu as failli nous perdre et te perdre toi-même. Par Allāh, nous ne t’accompagnerons pas plus loin.’ Il répondit : ‘Et moi, par Allāh, je ne vous accompagnerai pas non plus.’ Nous partîmes donc en groupe, tandis qu’il resta avec quelques-uns de ses compagnons. Les grands dignitaires et les émirs de Ġhâzân, ayant entendu parler de lui, vinrent solliciter sa bénédiction et son invocation pendant qu’il se dirigeait vers Damas ; ils l’observaient en chemin. Par Allāh, il n’atteignit Damas qu’escorté d’environ trois cents cavaliers, et j’étais du nombre de ceux qui l’accompagnaient. Quant à ceux qui avaient refusé de marcher avec lui, ils furent attaqués par un détachement tatar qui les dépouilla tous jusqu’au dernier. »
Il conclut : « J’ai entendu ce récit de plusieurs personnes, outre celle-ci, et il a déjà été rapporté précédemment.] (3)
Le shaykh Muḥammad Ibn Qawâm décéda dans la nuit de lundi, le 22 Ṣafar, dans la zâwiya (4) qui porte leur nom, à l’ouest de Ṣāliḥiyya, de Nāṣiriyya et d-‘Ādiliyya. La prière funéraire y fut célébrée et il y fut inhumé. Une foule immense assista à ses funérailles et à son enterrement, parmi laquelle se trouvait le shaykh Taqî al-Dîn Ibn Taymiyya, qui l’aimait beaucoup. Le shaykh Muḥammad ne disposait d’aucune pension