Ishaq ibn Bishr rapporta, d’après Saʿid ibn Bishir, lui-même rapportant de Qatadah : « Alexandre est Dhu al-Qarnayn, et son père fut le premier des Césars ; il était issu de Sam, fils de Noé » (1).
Quant au second Dhu al-Qarnayn, il s’agit d’Alexandre fils de Philippe, fils de Misrim, fils d’Hermès, fils de Hurdas (2), fils de Maytoun, fils de Roumi, fils de Lantā, fils de Younān, fils de Yafeth, fils de Younah, fils de Sharkhoun, fils de Roumah, fils de Sharafit, fils de Toufil, fils de Roumi, fils d’al-Asfar, fils de Yaqaz, fils de l-ʿIs, fils d’Isaac, fils d’Abraham l’Ami de Dieu – c’est ainsi qu’al-Hafiz ibn ʿAsakir le présente dans son « Histoire » (3). Originaire de Macédoine, de Grèce et d’Égypte, il fut le bâtisseur d’Alexandrie, et l’ère romaine se calcule depuis son époque. Il vécut longtemps après le premier, environ trois cents ans avant le Christ (4). Son vizir était Arṭaṭālis (Aristote) le philosophe, et c’est lui qui tua Darius fils de Darius, humilia les rois perses et soumit leurs territoires.
Si nous le signalons, c’est parce que beaucoup de gens pensent qu’il s’agit d’un seul et même personnage, et que celui mentionné dans le Coran est celui dont le vizir fut Aristote ; cela provoque alors un grave malentendu et un immense désordre. En réalité, le premier était un serviteur croyant et pieux, un roi juste, dont le vizir était al-Khidr, qui était Prophète selon ce que nous avons établi plus haut. Quant au second, c’était un polythéiste dont le vizir était un philosophe. Il y avait plus de deux mille ans entre l’époque de l’un et de l’autre. Comment pourrait-on confondre l’un avec l’autre ? Ils ne sont en rien comparables et ne peuvent être confondus que par quelqu’un qui ignore les réalités.
La parole divine : « Et ils t’interrogent au sujet de Dhu al-Qarnayn » (Coran 18,83) trouve son origine dans le fait que les Quraysh demandèrent aux Juifs un moyen de tester la science du Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui). Les Juifs leur dirent : « Interrogez-le à propos d’un homme qui fit le tour de la terre, ainsi que de jeunes hommes qui sortirent on ne sait où. » Alors Dieu révéla le récit des gens de la Caverne et celui de Dhu al-Qarnayn (5). C’est pour cette raison que Dieu dit : « Dis : “Je vais vous en réciter un récit.” », c’est-à-dire une partie de ses informations et de son histoire, « un récit » signifiant un exposé bénéfique et suffisant pour connaître son affaire et décrire sa situation.
Dieu dit ensuite : « Nous avons donné à Dhu al-Qarnayn puissance sur terre et Nous lui avons accordé le moyen (ou la voie) de toute chose » (Coran 18,84), c’est-à-dire que Nous avons étendu son royaume sur les contrées et Lui avons fourni les instruments de la royauté qui lui permirent d’accomplir ses grandes missions et ses desseins considérables (6).
Qutaybah rapporta, d’après Abou ʿAwānah, d’après Simāk, d’après Habib ibn Hammad : « J’étais auprès de ʿAli ibn Abi Talib lorsqu’un homme l’interrogea sur la manière dont Dhu al-Qarnayn avait atteint l’Orient et l’Occident. ʿAli lui répondit : “Le nuage lui fut asservi, les moyens lui furent étendus et la lumière lui fut déployée.” Puis il dit : “Veux-tu que j’en rajoute ?” Mais l’homme se tut, et ʿAli (que Dieu l’agrée) se tut également. »