Au matin du mardi vingt-huit Shawwāl, le shaykh, imâm, savant éminent, maître des secrétaires, Shihāb ad-Dīn Maḥmūd ibn Sulaymān al-Ḥalabī, arriva par courrier d’Égypte à Damas pour y assumer la fonction de « Kātib as-Sirr » (secrétaire d’État et chef de la chancellerie), en remplacement de Sharf ad-Dīn ʿAbd al-Wahhāb ibn Faḍl Allāh, décédé – qu’Allāh lui fasse miséricorde.
Le dimanche de Dhū al-Qaʿdah, un cours fut inauguré à la madrasah aṣ-Ṣamṣāmiyyah – récemment restaurée pour les Mālikites –, dotation que le ministre Shams ad-Dīn ibn Ghabriyāl avait expressément réservée à l’enseignement. On y dispensa un cours de fiqh, et son professorat fut confié au vice-qāḍī, le juriste Nūr ad-Dīn ʿAlī ibn ʿAbd an-Nuṣayr al-Mālikī. Les juges et notables assistèrent à la séance, parmi lesquels le shaykh Taqī ad-Dīn Ibn Taymiyyah, qui le connaissait depuis Alexandrie.
Au cours du même mois, à la Dakhwāriyyah, le shaykh Jamāl ad-Dīn Muḥammad, fils du shaykh Shihāb ad-Dīn Aḥmad al-Kaḥḥāl, donna une leçon et fut nommé à la tête de la médecine en remplacement du docteur Amīn ad-Dīn Sulaymān, par décret du vice-sultan Tankiz, qui l’avait choisi pour cette charge.
Il advint aussi que, ce mois-là, un groupe de marchands se rassembla à Mardin; des gens du commun, poussés par la cherté, se joignirent à eux, tous se dirigeant vers la Syrie. Lorsqu’ils furent à deux étapes de Raʾs al-ʿAyn, soixante cavaliers tatars les atteignirent, les criblèrent de flèches et les massacrèrent jusqu’au dernier. Ils ne laissèrent en vie que leurs enfants – environ soixante-dix garçons. On se demanda alors : « Qui tuera ceux-ci ? » L’un d’eux répondit : « Moi, à condition que vous m’accordiez une part des butins. » Il les égorgea donc tous. Le nombre total des marchands tués s’éleva à six cents, et celui des gens du commun à trois cents musulmans. إِنَّا لِلَّهِ وَإِنَّا إِلَيْهِ رَاجِعُونَ.
Leurs cadavres servirent à combler cinq citernes, qui furent entièrement remplies. Seul un homme turkmène survécut ; il prit la fuite, gagna Raʾs al-ʿAyn et informa la population de cette scène affreuse, atroce et douloureuse. Le mutasallim de Diyār Bakr, Sūtāy, se lança à la poursuite desdits Tatars, les extermina jusqu’au dernier, n’épargnant que deux d’entre eux. Qu’Allāh ne rassemble jamais leur cohorte, ne leur adresse ni bienvenue ni salut, et ne leur rende au Jour de la Résurrection ni biens ni familles. Âmîn, Seigneur des mondes.