Après lui, son fils Abû Saʿîd, âgé de onze ans, accéda au trône. L’émir Djoubân assura la direction des armées et des provinces, tandis que ʿAlî Shâh at-Tabrîzî demeurait vizir. Il fit procéder à des confiscations parmi les gens de l’État et fit exécuter les notables qu’il soupçonnait d’avoir empoisonné son père. Au début de son règne, beaucoup en souffrirent ; puis il se tourna vers la justice et l’application de la Sunna : il ordonna que, dans la khutba, l’on commence par implorer la pleine satisfaction pour les deux Shaykhs, puis pour ʿUthmân, puis pour ʿAlî – qu’Allâh les agrée tous. Les populations s’en réjouirent et les troubles, les désordres et les combats qui déchiraient ces régions – Hérat, Ispahân, Bagdad, Erbil, Sâwa et d’autres – s’apaisèrent.
Le gouverneur de La Mecque, l’émir Khumaysa b. Abî Numayy al-Ḥasanî, s’était rendu auprès du souverain tatar Khurbandâ afin d’obtenir son appui contre les habitants de La Mecque. Les Râfidites présents l’avaient soutenu et lui avaient mis à disposition une forte armée venue du Khorassan. Mais, à la mort de Khurbandâ, tout cela avorta : Khumaysa revint bredouille et humilié. L’accompagnait un grand émir râfidite parmi les Tatars, nommé adh-Dhulqandaqî, qui avait réuni pour Khumaysa de grandes richesses afin d’imposer le Rafd (le chiisme extrême) au Ḥijâz. L’émir Muḥammad b. ʿĪsâ, frère de Muhannâ – lequel se trouvait aussi dans les territoires tatars avec un groupe d’Arabes – les intercepta, les mit en déroute avec leurs hommes, s’empara des trésors qu’ils transportaient et dispersa leur troupe.
La nouvelle parvint au pouvoir islamique ; le roi an-Nâsir et son entourage s’en réjouirent, et cet acte effaça sa faute à leurs yeux. Le sultan le manda à sa cour ; il se présenta soumis et obéissant, fut honoré par le vice-roi de Syrie, puis, arrivé auprès du sultan, reçut de nouveau des marques d’honneur. Le shaykh Taqiyy-ud-Dîn Ibn Taymiyya fut alors consulté – le sultan l’avait également interrogé – au sujet des biens saisis sur adh-Dhulqandaqî ; il émit une fatwa prescrivant de les employer dans les intérêts publics profitant aux musulmans, car ces biens avaient été préparés pour contrecarrer la vérité et soutenir les gens de l’innovation contre la Sunna.
Parmi les notables décédés cette année-là : ʿIzz ad-Dîn al-Mubashshir, et ash-Shihâb al-Kâshgharî, shaykh des shuyûkh.