Les aṭlāb (unités militaires) se rangèrent sous leurs étendards, exhibant toutes leurs armes et machines de guerre ; la journée fut mémorable. Ibn Ṣaṣrā sortit avec l’armée, puisqu’il était le juge des armées et le Qâḍî al-Quḍât de la province syrienne. Ils marchèrent jusqu’à entrer à Alep le onzième jour du mois ; de là, le seizième, ils gagnèrent le pays des Rûm, à Malatya. Ils en commencèrent le siège le vingt-et-un Muḥarram ; la cité, solidement fortifiée, avait ses portes closes. Quand les assiégés virent l’immensité de l’armée, son gouverneur et son cadi descendirent et demandèrent la sûreté ; on leur accorda l’amân et les musulmans pénétrèrent dans la ville. Ils tuèrent nombre d’Arméniens et de chrétiens, firent beaucoup de captifs parmi les enfants, et cela toucha même certains musulmans. Un butin abondant fut saisi, de nombreux biens appartenant à des musulmans furent confisqués. Après trois jours, le mercredi 24 Muḥarram, ils se retirèrent vers ʿAyn Tâb puis Marj Dâbiq, tandis que Damas fut pavoisée et que les fanfares de la bonne nouvelle résonnèrent.
Au premier Ṣafar, le vice-gouverneur de Malatya partit pour se présenter au sultan.
À la mi-mois, son cadi, le noble Shams ad-Dîn, arriva accompagné d’un grand nombre d’habitants musulmans de la ville.
À l’aube du vendredi 16 Rabîʿ al-Awwal, Tankiz entra à Damas escorté des armées syriennes et égyptiennes ; la population sortit, selon l’usage, pour les regarder défiler. Les Égyptiens ne restèrent que peu de temps avant de repartir vers Le Caire.
Malatya était un iqṭâʿ concédé à al-Jûbân par le roi des Tatars ; celui-ci y avait nommé pour le représenter un Kurde qui se montra dur, injuste et tyrannique. Les habitants écrivirent alors au sultan an-Nâṣir, désirant dépendre de son autorité. Lorsque les troupes s’y rendirent, s’emparèrent de la ville et y firent ce qu’on a rapporté, al-Jûbân vint ensuite, la rénova et y ramena nombre d’Arméniens et d’autres.
Le 19 du même mois, nous parvint la nouvelle de l’arrestation de Baktemur, le ḥâjib, d’Aydughdi Shuqayr et d’autres encore ; c’était arrivé le jeudi, premier jour du mois. Ils s’étaient ligués contre le sultan, mais celui-ci en fut informé et les fit arrêter, plaçant sous séquestre leurs biens et leurs entrepôts. On découvrit chez Baktemur de grandes richesses : marchandises, bois d’œuvre et de nombreux avoirs.