Les deux madrasas – l’ʿAdrâwiyya confiée à Sulaymân al-Kurdi et la Shâmiyya al-Jawâniyya à l’Amîn Sâlim – furent ainsi restituées à leurs titulaires, si bien qu’il ne demeura plus à Ibn al-Wakîl que la Dâr al-Hadîth al-Ashrafiyya.
Dans la nuit du lundi 7 Safar, Najm al-Dîn Muḥammad b. ʿUthmân al-Baṣrawî arriva d’Égypte pour exercer la fonction de vizir en Syrie. Il apportait, en outre, un décret de nomination à la ḥisba en faveur de son frère Fakhr al-Dîn Sulaymân. Tous deux prirent officiellement leurs charges dans la grande mosquée, puis s’installèrent dans le Darb Saffûn, appelé aussi Darb Ibn Abî al-Hayjâʾ. Par la suite, le vizir s’établit dans la demeure d’al-Aʿsar, près de Bâb al-Barîd, tandis que la supervision du Trésor demeura confiée à ʿIzz al-Dîn Aḥmad b. al-Qalânsî, frère du shaykh Jalâl al-Dîn.
Au premier jour de Rabîʿ al-Awwal, le qâḍî Jamâl al-Dîn al-Zurʿî (1) prit la charge de qâḍî al-quḍât d’Égypte à la place d’Ibn Jamâʿa. Il lui avait déjà ravi, au mois de Dhû l-Ḥijja précédent, la fonction de Shaykh al-Shuyûkh, laquelle fut alors rendue au Karîm al-Âmilî; on lui retira également la khâṭaba.
Un courrier urgent parvint en Syrie réclamant le qâḍî Shams al-Dîn b. al-Ḥarîr (2) pour exercer la magistrature suprême en Égypte. Il partit le 20 Rabîʿ al-Awwal, escorté par un groupe venu le saluer. Présenté au sultan, celui-ci l’honora grandement, lui confia la juridiction hanafite, l’enseignement à la Nâṣiriyya, à la Ṣâliḥiyya et à la Jâmiʿ al-Ḥâkim, déposant pour cela le qâḍî Shams al-Dîn al-Saruji. Il ne demeura toutefois que quelques jours avant de décéder.
À la mi-mois, sept émirs furent arrêtés à Damas et quatorze autres au Caire (3).
En Rabîʿ al-Âkhir, le sultan s’employa à faire venir l’émir Sayf al-Dîn Sallâr. Celui-ci se présenta en personne, mais fut admonesté; dans le délai d’un mois, on confisqua ses biens et ses possessions, puis il fut mis à mort. L’on trouva alors en sa possession d’immenses richesses : trésors en numéraire et en bétail (4), domaines, armes, mamelouks, mulets, chameaux (5), ânes et propriétés immobilières en quantité considérable. Quant aux pierreries, à l’or et à l’argent, leur abondance défie toute estimation ou description. En somme, il s’était approprié pour lui-même une énorme part du bayt al-mâl et des biens des musulmans, qu’il faisait affluer vers lui.
On rapporte cependant qu’il était, en dépit de cela, d’une grande libéralité, généreux, et apprécié tant de la cour que du peuple – et Allâh est plus savant.
Il avait exercé la vice-royauté d’Égypte depuis l’an 698 jusqu’à son exécution, survenue le mercredi 24 du présent mois. Il fut inhumé le soir même, jeudi, dans son mausolée de la Qarâfa (7). Qu’Allâh lui fasse miséricorde.