Mahmûd, plus connu sous le nom d’Ibn al-Qalânisî, en prit aussitôt la charge et en écarta al-Ba srawî, qui assumait jusque-là la fonction de muḥtasib (surveillant des marchés) de la cité.
Au cours de ce même mois, le Qâḍî al-Quḍât Ibn Jamâʿah fut investi de la direction de la zâwiyah « Saʿîd al-Suʿadâʾ » au Caire, à la demande des soufis, lesquels se satisfirent de sa présence parmi eux une seule fois, le vendredi. Le shaykh Karîm ad-Dîn al-Âmulî en fut destitué pour avoir révoqué les témoins (chuhood) attachés à cette institution ; ceux-ci se soulevèrent contre lui, rédigèrent à son sujet des procès-verbaux l’accusant de faits portant atteinte à la religion, si bien qu’un décret ordonna son renvoi. Il fut alors traité de la même manière qu’il traitait autrui : entre autres, il s’était dressé contre le Shaykh al-Islâm Ibn Taymiyya, l’avait calomnié et lui avait imputé mensonges et diffamations, malgré son ignorance et son manque de piété ; Allâh hâta pour lui cette ignominie par la main même de ses compagnons et de ses amis, à titre de juste rétribution.
Au mois de Rajab, la crainte s’accrut fortement à Damas et les habitants se replièrent des faubourgs vers l’intérieur de la ville. La cause en fut que le sultan al-Malik an-Nâṣir Muḥammad ibn Qalâwûn était parti d’al-Karâk en direction de Damas, résolu à reprendre la royauté. Plusieurs émirs lui apportèrent leur appui, correspondirent secrètement avec lui et le conseillèrent, tandis qu’un groupe d’émirs égyptiens ralliait ouvertement sa cause. On colportait la nouvelle que le gouverneur de Damas, al-Afram, se rendrait au Caire à la tête d’une importante armée. La population s’alarma, les portes de la ville ne furent ouvertes qu’après que le jour se fût bien élevé, et la situation devint chaotique. Les juges et nombre d’émirs se réunirent au palais et renouvelèrent le serment d’allégeance à al-Malik al-Muẓaffar. En fin d’après-midi, le samedi, les portes furent de nouveau fermées ; la foule se pressa en masse à Bâb an-Naṣr, éprouvant une fatigue extrême. La ville se congestiona de villageois et la population grossit considérablement.
Un courrier apporta alors la nouvelle qu’al-Malik an-Nâṣir avait atteint al-Khammân ; le vice-roi du Shâm en fut bouleversé, affichant sa volonté de lui livrer bataille et de l’empêcher d’entrer dans la ville. Les deux émirs Rukn ad-Dîn Baybars al-Majnûn et Baybars al-ʿIlmî passèrent dans son camp. L’émir Sayf ad-Dîn Bakhtamur, ḥâjib al-ḥujjâb, se rendit auprès de lui afin de le dissuader, lui déclarant qu’il n’avait pas la force d’affronter les Égyptiens ; l’émir Sayf ad-Dîn Bahâdur Âṣ le rejoignit pour lui tenir le même langage. Le vice-roi revint ensuite à Damas, le mardi cinq Rajab, apprenant entre-temps que le sultan al-Malik an-Nâṣir s’était retiré sur al-Karâk. La population se rasséréna, le vice-roi regagna le palais, une partie des habitants retourna dans ses demeures et s’y établit de nouveau.