Au début du mois de Rabîʿ al-Awwal, on élargit l’émir Najm ad-Dîn Khaḍir, fils d’al-Malik aẓ-Ẓâhir ; il fut extrait de la Tour et s’installa dans la demeure d’al-Afram, au Caire. Il décéda ensuite le cinq Rajab de la présente année.
Vers la fin de Jumâdâ al-Ula, la charge de la supervision du Dîwân Mulk al-Umaraʾ échoit à Zayn ad-Dîn ach-Charîf Ibn ʿAdnân, en remplacement d’Ibn az-Zamlakânî ; on lui confia en outre la surveillance de la Grande Mosquée, à la place d’Ibn al-Khaṭîrî. Najm ad-Dîn ad-Dimashqî fut nommé à la direction des biens des orphelins, succédant à Najm ad-Dîn Ibn Hilâl.
Au mois de Ramaḍân, le ministre Amîn ad-Dîn ad-Daqâqî fut destitué de la supervision des dîwâns de Damas et se rendit en Égypte.
Durant la même année, Kamâl ad-Dîn Ibn ach-Sharayshî se démit de la wakâla du Bayt al-Mâl et s’obstina à maintenir sa démission ; on lui proposa de reprendre ses fonctions, mais il refusa. La robe d’investiture lui fut apportée, comme elle l’avait été aux autres hauts fonctionnaires, et il ne la revêtit point. Il demeura démissionnaire jusqu’au jour de ʿÂshûrâʾ de l’année suivante, date à laquelle son mandat fut renouvelé et où il reçut la robe d’honneur sous le nouveau règne.
La même année, le sultan an-Nâṣir Muḥammad ibn Qalâwûn quitta l’Égypte pour accomplir le pèlerinage, le vingt-six Ramaḍân. Un groupe d’émirs sortit avec lui pour le saluer, mais il les congédia. Lorsqu’il passa par al-Karak, il y fit halte, et l’on y érigea un pont pour lui. Lorsqu’il en atteignit le milieu, le pont se brisa ; ceux qui le précédaient s’en sortirent indemnes, son cheval fit un bond qui le sauva, tandis que cinquante cavaliers qui le suivaient tombèrent : quatre périrent et la plupart des autres furent grièvement blessés dans la vallée en contrebas. L’émir Jamâl ad-Dîn Âqûsh, gouverneur d’al-Karak, demeura confus, craignant que le sultan ne soupçonnât quelque préméditation. Il avait préparé pour le sultan un banquet qui lui avait coûté quatorze mille (dinars), mais l’accident détourna le sultan de ces festivités et de ce qui était advenu à ses compagnons. Le sultan fit ensuite remettre au gouverneur la robe d’honneur et l’autorisa à se rendre en Égypte, ce qu’il fit. Quant au sultan, il se consacra seul à l’administration du royaume depuis al-Karak ; il assistait lui-même aux séances de la Dâr al-ʿAdl et traitait directement des affaires de l’État.